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Jeux olympiques de Londres 2012

Tornado : le retour ?!

Y a du scoop dans l'air... Plus d'un an après la décision de sortir le Tornado de la sphère olympique après les Jeux de Pékin, le sort du multicoque pourrait bien changer ! Demain et après-demain, le Conseil supérieur de l'ISAF se réunit pour choisir la série susceptible de récupérer une onzième médaille à Londres... Une onzième médaille ? Le point avec la présidente de la classe internationale des Tornado, Carolijn Brouwer.

  • Publié le : 07/05/2009 - 16:56

Carolijn Brouwer Carolijn Brouwer, 35 ans, Présidente de la classe internationale de Tornado, membre du comité événementiel de l'ISAF, skipper professionnel. Photo © Manon Borsi <En novembre dernier, Gorän Petersson, le Président de l'ISAF*, nous a donné sa parole qu'il ferait tout ce qui est en son pouvoir pour récupérer une onzième médaille auprès du CIO>, stance Carolijn Brouwer, la Présidente de la classe internationale des Tornado.
Une onzième médaille ? Une de plus donc, alors qu'aujourd'hui seulement dix sont prévues pour Londres dans trois ans ? Selon toute vraisemblance, c'est encore possible. <Le CIO n'a jamais demandé à l'ISAF de supprimer une série !>, rappelle Brouwer.

L'affaire couvait depuis des années, et depuis des années, l'ISAF résistait. Pourtant en 2007, la fédération a finalement cédé au CIO, acceptant de diminuer le nombre de voileux aux Jeux en supprimant une série... Brouwer s'en mord les doigts : <Une bonne solution aurait plutôt été de réduire le nombre d'athlètes sélectionnés aux Jeux dans chaque série.>

Fin 2007, répondant aux instructions des dirigeants, l'Events Committee de l'ISAF - dont Carolijn Brouwer fait partie - évalue les différentes possibilités et propose de supprimer le 470 masculin, jugé comme un doublon du 49er. <Pour notre commission, ce choix aurait en outre permis de rééquilibrer la parité entre supports féminins et masculins.>
Mais l'Events Committee n'a pas le pouvoir de décision. Quelques semaines plus tard, sale surprise : c'est le multicoque qui dégage ! Tollé général, esclandres. Alors que l'un des défis permanents de notre sport est de le rendre excitant aux yeux du public, c'est le Tornado, le support le plus rapide de la flotte, qui est éliminé.

Déçue, Brouwer justifie un tel dénouement : <Je crois que lorsque le comité exécutif a réfléchi au problème, il ne l'a pas considéré sous l'angle des catégories monocoque, multicoque et quillard. Qu'il y ait deux monocoques, le 470 et le 49er, n'a gêné personne. Ce qu'ils ont vu, c'est une concurrence entre le Tornado et le Star.> Probablement parce que les deux supports ont chacun quelque chose de prestigieux qui les fait se voler la vedette l'un à l'autre.
Le Star, noble, presque ancestral, attire les grands noms de la voile ; le Tornado, multicoque nerveux, de haute performance, exhale un parfum de scandale.

En outre, certains murmurent que la classe des Tornado, très puissante politiquement, inquiétait exagérément l'ISAF qui s'est alors trouvée bien contente de s'en séparer... Brouwer souligne : <Michael Grandfield, le précédent Président de classe, n'était pas très populaire et à l'ISAF, il faut savoir se montrer... La classe des Star est quant à elle un très gros lobby.>

Le Tornado s'accroche Chaud, bouillant, spectaculaire, violent, technologique, racé, puissant, gracieux, rapide, sport... Les qualificatifs du Tornado, l'ex multicoque olympique, ne manquent pas vraiment... Photo © Andrea Francolini (DPPI) Officiellement, c'est le coût excessif du Tornado qui a justifié le choix du comité exécutif, ce dont Brouwer s'indigne. <C'est sûr qu'un Laser Radial, à l'achat, c'est moins cher ! Sauf qu'après avoir couru deux régates cette année, je dois me racheter deux hauts de mât et une voile ! Si le prix du Tornado peut sembler trop élevé, au moins sa construction est-elle valable : aux Jeux de Pékin, avec Sébastien Godefroid, nous naviguions sur des coques vieilles de quatre ans !>

N'empêche que pour montrer ses bonnes intentions, la classe a déjà voté comme nouvelle disposition le recours à des voiles One design qui permettraient de diminuer la facture... <Evidemment, nous avons conscience que Pékin a été caricatural. Le plan d'eau était tellement spécial que les coureurs se sont lancés dans le développement de voiles spécifiques, inutilisables ailleurs, qui ont fait gonfler nos budgets.> Mais au cas où le multicoque reviendrait pour Londres, on ne pourrait plus faire ce genre de reproche au Tornado...

En l'occurrence, cette précaution pourrait se révéler plus pertinente que prévue. La partie est hélas loin d'être gagnée pour la classe des Tornado. Si l'on a très peu communiqué sur la possibilité d'une onzième médaille, tout le monde ne l'ignorait pas non plus. Samedi et dimanche prochains, les dirigeants de l'ISAF se réunissent et évalueront sept propositions émises des quatre coins du monde, concernant la 11e médaille potentielle...

En face du Tornado, se présentent les Hobie 14, 16, 17, 18, 20, Tiger et Dragoon.

<En décembre, en échange de la promesse de Petersson, nous avons donné toute notre confiance à l'ISAF>, souffle Brouwer, contenant difficilement l'émotion qui la submerge lorsqu'elle prononce le mot "confiance".
A l'évidence, les tornadistes ont été touchés dans leur chair lorsqu'ils ont été écartés de la sphère olympique et supporteraient difficilement un second affront, maintenant qu'ils se sont battus pendant des mois et ont recueilli le soutien de l'ensemble des coureurs, des photographes, des entraineurs et du public.

Leur Présidente se reprend. <J'imagine mal l'ISAF choisir une classe qui n'a pas de passé olympique, maintenant, alors qu'il ne reste que trois ans à peine avant Londres et qu'elle rencontre déjà de gros problèmes avec l'Elliott 6M**. Pour une série, devenir olympique n'est déjà pas simple ; relever ce défi en si peu de temps paraît objectivement impossible.>

Flotte "haute performance" Si le jeu tactique peut paraître limité, dans une flotte de Tornado, la question du spectaculaire ne se pose pas... Y'a qu'à voir ! Photo © Andrea Francolini (DPPI) Les tornadistes au moins sont déjà prêts, eux, au niveau olympique et sur les dents. Le week-end dernier, ce n'était pas vraiment un hasard si les Booth, les Bundock, les Guyader et les autres couraient l'Eurocat en F18. <Je suis certaine que 90% de l'ancienne flotte des Tornado reviendrait pour Londres>, assure Brouwer.

Quoi qu'il en soit, en admettant que l'ISAF honore la confiance de la classe Tornado, le destin de la 11e médaille reste entre les mains du CIO.
Sa réponse devrait être donnée à l'issu du colloque organisé mi-août. Elle dépendra en grande partie de l'avis de Jacques Rogge, son Président, considéré comme un fan absolu de voile - il a lui même préparé les Jeux de Mexico (1968), Munich (1972) et Montréal (1976) -, donc favorable, a priori, à cette médaille supplémentaire.

<A vrai dire, on n'en est pas absolument sûrs... C'est avant tout une décision politique et Rogge n'a peut-être pas envie de trop afficher son favoritisme. Tous les sports rêvent probablement d'obtenir leur médaille olympique !>, note Brouwer, méfiante. <Si l'ISAF nous a demandé de ne pas faire trop de bruit autour de cette histoire de 11e médaille, c'est aussi pour éviter que Rogge et le CIO se trouvent en porte-à-faux et reculent plutôt que de risquer de faire des vagues.>

Mais précisément, les vagues, c'est sur le plan d'eau des Jeux qu'elles risquent de manquer... sans le Tornado.

Et après l'olympisme ?

L'ultime problème que risque de devoir affronter le Tornado est la survie de son circuit, au cas où la série ne serait pas repêchée. Si Carolijn Brouwer, la Présidente de la classe internationale, juge que la totalité de la flotte courra le championnat du monde au lac de Garde, en septembre prochain, quoi qu'il arrive, <tout simplement parce que le Tornado est un bateau génial>, elle craint pour l'avenir. A terme, les skippers professionnels comme elle, Mitch Booth ou Darren Bundock, seront bien forcés de naviguer ailleurs. Et comme support non-olympique, cette fois, ce multicoque reste cher.
A titre d'exemple, lorsqu'en 2004 l'Europe a été remplacé par le Laser Radial comme solitaire féminin olympique, la classe a subi un déficit de coureurs pendant plusieurs saisons, avant que les jeunes générations reconstituent peu à peu ses adhérents. Au niveau français, les décisions fédérales - notamment concernant le maintien des titres sur les championnats de France - sont par ailleurs essentielles dans le soutien de ces classes.


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* L'ISAF est la Fédération internationale de voile, régissant l'ensemble des activités véliques parmi lesquelles l'olympisme. Pour celle-ci, elle collabore étroitement avec le CIO, le comité en charge des Jeux, olympiques, toutes disciplines confondues.

** L'Elliott 6M, un quillard néo-zélandais, a été retenu en novembre dernier comme support du match-race féminin, la nouvelle discipline olympique, mais dans une version modifiée qui n'a pas encore été livrée. Les épreuves du circuit ont donc toutes été annulées jusqu'à aujourd'hui. Les prochaines devraient se courir sur d'autres bateaux que l'Elliott 6M. L'ISAF espère fortement que le premier lot de bateaux - soumis à une liste d'attente réglementée - soit livré pour l'épreuve de Portsmouth, en septembre prochain.

Consultez ici la décision prise par l'ISAF le week-end des 9 et 10 mai.

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  2. claire leroy, skipper de match-race 20/11/2008 - 17:04 Jeux olympiques de Londres 2012 3 questions à Claire Leroy Française, 28 ans, 1ère au classement mondial de match-race féminin. Depuis mai 2005.
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  4. clap de fin 21/08/2008 - 14:32 JO, au jour les jeux (35) La der des Jeux… et des Tornado Gilles Martin-Raget, notre envoyé spécial à Qingdao, nous livre ici sa dernière chronique du quotidien de nos athlètes olympiques. En trente-cinq instantanés colorés, il nous a raconté les quinze jours de régate absolue. Celle qui clôture une olympiade avant de passer à une autre... Prêts pour Londres, en 2012 ? Alors, éteignez la flamme, faites taire les feux d'artifices - et dites au-revoir au Tornado. Hélas...
  5. mitch booth les a bien eus  15/08/2008 - 13:47 JO, au jour les jeux (18) Spi "code zéro", pas convaincant Gilles Martin-Raget - notre envoyé spécial en Chine -, nous livre son récit quotidien des moments forts des Jeux olympiques. Impressions, coups de coeur, étonnement, performance, interviews des athlètes... Bienvenue sur la planète olympique !
  6. mitch booth les a bien eus  15/08/2008 - 12:41 Jeux olympiques 2008 Mitch Booth les a bien eus ! Finalement, seuls les Américains utilisent le fameux spi "code zéro". Et ils sont collés.