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JO de Rio 2016 - Interview du nouveau DTN

Jacques Cathelineau : «On manque de réussite, pas de potentiel»

  • Publié le : 11/05/2013 - 00:02

Jacques Cathelineau, DTNPour ses débuts en tant que DTN, Jacques Cathelineau parvient à proposer de nouvelles idées et à ne pas faire table rase du passé. Reste à voir si cette formule conduira au succès.Photo @ Jean-Marie Liot FFV

Quelques jours avant l’épreuve française de la Coupe du monde organisée à Hyères, le nouveau DTN Jacques Cathelineau présentait son programme à la presse. Voici donc les 10 commandements de ce début de PO.
 







 

 

1. Nomination de Guillaume Chiellino au poste de directeur des Équipes de France

Guillaume Chiellino, Directeur des Équipes de FranceGuillaume Chiellino a été nommé Directeur des Équipes de France et a comme mission d'accompagner les Français sur le terrain et de réaliser l'interface avec le DTN dont les missions ne se limitent pas à l'encadrement de l'olympisme.Photo @ Lionel Cottin (FFV)

Dans son bilan à chaud des Jeux olympiques de Londres, l’ex DTN Philippe Gouard regrettait de ne plus avoir été épaulé par un Directeur des Équipes de France depuis le départ de Claire Fountaine, en 2008. Il a été entendu par son successeur et Jean-Pierre Champion qui ont choisi de mettre Guillaume Chiellino à ce poste pour la PO de Rio.

Ancien coureur en Laser et 49er, Chiellino (34 ans) a été l’entraineur national du même skiff depuis 2003. «Il connaît parfaitement les sportifs, le fonctionnement de l’Équipe de France et dispose du recul nécessaire», souligne le nouveau DTN. L’essentiel de son rôle se jouera sur le terrain, aux côtés des athlètes qu’il suivra dans leur quotidien et pour lesquels il fera l’interface avec Paris.

2. Création d’une Commission Haut Niveau
Claire Fountaine (vice-présidente de la fédération et ex Directrice des Équipes de France), Henri Bacchini (vice-président de la fédération et président du département habitable), Jean-Pierre Churet (vice-président de la fédération et président du département voile légère), Serge Raphalen et Nicolas Hénard (double médaillé olympique) forment dès à présent un groupe de travail autour de Champion et Cathelineau qui aura notamment en charge de réfléchir aux modalités de sélection de nos représentants aux Jeux de Rio. «Il n’est pas question de désavouer le DTN, ni de diluer ses responsabilités. En revanche, le haut niveau est un dossier des plus complexes, auquel il est pertinent de réfléchir à plusieurs», souligne le DTN, premier concerné.

3. Modalités de sélection… à l’étude
Il est donc encore trop tôt pour annoncer quel système de sélections sera appliqué pour les Jeux de Rio, mais il semble clair que la FFV remet en question le précédent, qui n’avait rien de mathématique et s’appuyait sur une analyse multicritère menée par Gouard. Cathelineau élude : «Le mode de sélection influence nécessairement le nombre de médailles final, mais il n’est pas le seul paramètre à prendre en compte. Néanmoins, je crois que le système de sélection doit être formateur pour le podium.»

4. Des sélections en Équipe de France drastiques
«Pour monter sur le podium aux Jeux olympiques, il faut être prêt le jour J, introduit Cathelineau. Nous avons donc pris le parti de reprendre ce principe pour la sélection en Équipe de France.» C’est au championnat du monde que les Français devront donc finir dans les huit premiers pour être retenus et en cas de podium, leur place sera assurée pour deux saisons. On peut bien sûr imaginé qu’aucun équipage ne satisfasse à cette règle, donc le DTN se garde la possibilité de retenir des gens malgré tout, notamment dans les nouvelles séries que sont le Nacra 17 et le 49er FX.

Lobert repartMédaillé aux Jeux de Londres, Jonathan Lobert est assuré d'avoir sa place en Équipe de France pour les deux saisons à venir. Pour les autres Français, la sélection se veut plus exigeante qu'auparavant.Photo @ Nico Martinez www.martinezstudio.es / Sofia Mapfre

5. Naviguer plus… et moins cher
Guillaume Chiellino fixe les repères : «Ben Ainslie dit naviguer entre 130 et 150 jours sur les différents plans d’eau olympiques desquels il a rapporté une médaille ; les Français sont un peu en dessous de ce quota. L’ennui, c’est qu’à l’heure actuelle, les deux seuls événements annoncés à Rio d’ici les Jeux sont les Test Event 2014 et 2015 et que nos budgets ont été revus à la baisse… Cela signifie que l’on va devoir faire des choix pour diminuer les déplacements – cette année par exemple, on n’a pas régaté à Miami – et pour concentrer les moyens sur les tout meilleurs. Quoi qu’il en soit, je pense que le constat qu’avait fait Philippe Gouard est juste : les Français ne naviguent pas suffisamment. A nous de trouver le moyen qu’ils fassent plus d’heures sur l’eau, tout en tenant les coûts. L’option d’aller à Cadix que les équipes de 49er hommes et femmes ont pris cet hiver était la bonne.»

6. Devenir plus pointus sur le matériel
Parmi les séries olympiques, les monotypies strictes sont de plus en plus nombreuses (Laser et Laser Radial, RS:X hommes et femmes, 49er et 49er FX, Nacra 17), mais il reste le 470 et le Finn pour bricoler et s’adonner à la recherche technologique. «Certains coureurs ont exprimé le regret que nous nous soyons retrouvé en retrait sur ce dossier et nous avons donc décidé de relancer une cellule recherche à l’École Nationale de Voile», répond le DTN. D’autres cellules touchant à des domaines pointus vont par ailleurs voir le jour ou être affirmer : météo, préparation physique, médical…

7. Apprendre sur d’autres supports
Il ne s’agit pas seulement d’éviter la saturation à des coureurs qui se dédient corps et âmes à un support unique, pendant des années et des années. En régatant dans d’autres séries, ils seront aussi plus polyvalents, plus réactifs, mieux armés... L’idée n’a rien de révolutionnaire mais n’était plus à la mode en France, depuis un certain temps. Les cas Ben Ainslie (médaillé d’or en Finn pour la 3e fois), Nathan Outteridge (médaillé d’or en Laser), Franck Cammas and Co l’ont relancée. Il y a quelques semaines, Emmanuel Dyen terminait 3e du championnat de France Promotion de match-race (voir l’article ici).

8. Être plus fort mentalement
Premier constat : de nombreux Français sont revenus des Jeux de Londres en faisant état d’un niveau de pression exceptionnel, auquel ils ne s’étaient pas attendu. Deuxième constat : des athlètes qui ont couru plusieurs fois les Jeux n’échappent pas à cette pression, preuve qu’il ne suffit pas de bien la connaître pour s’y préparer. «En clair, il faut une préparation très spécifique, explique Cathelineau. Or jusqu’à présent, la préparation mentale était un domaine sur lequel nous n’intervenions pas. Chacun s’y intéressait (ou non) et travaillait avec qui il voulait, sans que l’intervenant soit nécessairement un cadre fédéral. Donc à partir de maintenant, nous allons être plus attentifs à ce compartiment essentiel du jeu.»

Recherche et développementIl n'y a plus guère qu'en 470 et en Finn où le matériel, non monotype, est toujours un facteur de performance, mais le DTN a décidé de renforcer la cellule de recherche de l'ENV pour que les Français en tirent profit. Photo @ Jesús Renedo (Sofia Mapfre)

9. Objectif Santander 2014 : 10 séries qualifiées pour les Jeux
En 2014, on sera à deux ans des Jeux de Rio et à Santander (Espagne) pour les championnats du monde ISAF de l’ensemble des séries. Cette épreuve sera la première qualificative pour les nations, sachant que pour chaque série est fixé un nombre de participants qui, de fait, limite le nombre de nations représentées. Une série d’épreuves permet donc de qualifier les meilleures nations, en plus de la nation hôte. «Notre objectif est que la France soit qualifiée dans les dix séries olympiques et que cela soit fait dès Santander où la moitié des places seront distribuées. Après, les choses risquent d’être plus compliquées, s’inquiète le DTN, car le restant de places est réparti par continent, ce qui augure une forte pression sur l’Europe où le niveau est très dense.»

10. Nombre de médailles à Rio ? Joker !
«On ne manque pas de potentiel, on manque de réussite», insiste le nouveau DTN, bien qu’il botte en touche quand il s’agit de donner un objectif de nombre de médailles pour les Jeux de Rio. Le souvenir de son prédécesseur annonçant six médailles à Londres pour n’en signer qu’une seule avec le Finniste Jonathan Lobert est encore cuisant. «Je vais réfléchir avant de faire ce genre d’annonce», conclut le DTN.