Actualité à la Hune

Mondial 49er FX 2013 – Marseille

Sarah Steyaert & Julie Bossard : «On y va ! On fonce !»

  • Publié le : 03/10/2013 - 00:04

Quasi sans fauteÀ la fin des manches de qualification, Sarah Steyaert et Julie Bossard sont en tête du classement. En finale puis en Medal Race, elles perdront deux places dans des conditions nettement plus ventées qu'elles maîtrisent moins.Photo @ Piérick Jeannoutot YCPR

Sarah Steyaert et Julie BossardSarah Steyaert (à gauche) naviguait jusqu'ici en solitaire, mais a longtemps pratiqué le sport d'équipe ; elle a couru deux fois les Jeux, en Laser Radial (5e à Pékin, 16e à Londres). Julie Bossard a quant à elle été barreuse de 470, puis de match-race.Photo @ Lionel Cottin FFV

Après trois mois d’entrainements intensifs, Sarah Steyaert et Julie Bossard ont réalisé un petit miracle : monter sur le podium du premier championnat du monde de 49er FX de l’histoire. Interview.

On connaissait Sarah Steyaert, 26 ans, comme une Lasériste émérite, championne du monde de la série et deux fois sélectionnée aux Jeux olympiques. Depuis le mois de juillet, elle s’est associée avec Julie Bossard, 27 ans, une ex barreuse de 470 et de match-race, pour une préparation olympique pour Rio en 49er FX, le nouveau skiff olympique, très technique et farceur.
En se pointant à Marseille, la semaine dernière, pour le premier championnat du monde de la série, l’équipage ne savait pas vraiment où il en était… Et à la fin des épreuves de qualification courues dans le petit temps, figurait en tête du classement. C’est ce jour-là que nous avons interviewé ces deux nanas pros, fraiches et d’une bonne humeur inoxydable. Trois jours plus tard, elles confirmaient le potentiel de leur association en décrochant la 3e place. Coup de tonnerre, coup de chapeau !

 

v&v.com : À la fin des qualifications, vous êtes premières au classement provisoire, ce qui signifie que cet été, vous avez beaucoup bossé…
Julie Bossard :
Depuis juillet, on est basées à Marseille. On a fait des sessions de une à deux semaines d’entrainement, entrecoupées de repos d’une semaine. On a surtout travaillé la technique car, avant même de penser à aller au bon endroit, il faut déjà rester à l’endroit. (Elle rit.) On a donc pris du temps pour faire des speed tests et des manœuvres, et pas tellement pour faire des manches. Enfin, on a appris à maîtriser la bête ! (Elle rit.) On n’a pas eu beaucoup de vent, plutôt du petit médium…

v&v.com : Donc à la veille d’une belle rentrée d’Est pour les dernières manches, vous craignez un peu de souffrir d’un déficit dans ces conditions ?
J.B. :
On ne sait pas du tout, en fait. Quelles que soient les conditions, on ne sait pas comment se situer par rapport aux autres, car ce mondial est notre première vraie confrontation. Dans le vent, on arrive à faire des bords… (Elle éclate de rire.) Après, on ne sait pas trop ce que ça donne sur un parcours.
Sarah Steyaert : Ouais, le plus dur, c’est de tourner autour des bouées et d’avoir des bateaux de partout. Ah ! Il y a un tribord qui arrive, on est bâbord sous spi, qu’est-ce qu’on fait ?! Il y a comme ça des situations un peu catastrophiques que l’on n’a pas encore essayées, ces moments que l’on voit, mais trop tard… Alors que dans le petit temps, ça va, on commence à anticiper.

v&v.com : À la fois, les écarts se font vite dès la première bouée de près enroulée…
S.S. : Ouais… Mais au moment d’abattre, tu as encore tous les autres bateaux au près et selon la porte que tu as décidé d’enrouler, cela peut être chaud que cela soit pour celles au près qui doivent abattre ou celles au portant qui hissent leurs spis et ne sont pas manœuvrantes.

Sortir la têteMalgré leur déficit technique, Steyaert et Bossard sont parvenues à faire la différence en sortant la tête du bateau pour se consacrer à l'essentiel : prendre un bon départ, faire un bon suivi de vent et se placer.Photo @ Piérick Jeannoutot YCPR

v&v.com : Contrairement à vous, la plupart des équipages a débuté cet automne, pourtant techniquement, on voit encore pas mal de disparités dans la flotte, même dans des conditions légères : comment vous situez-vous et évaluez-vous vos concurrentes ?
S.S. : On est loin d’être propres partout. On a encore à bosser les empannages, les virements où l’on n’est pas encore très rapides. Il y a encore à automatiser tout ça. Les autres, j’avoue ne pas les avoir beaucoup regardées.
J.B. : En moyenne, par rapport aux autres, cela allait plutôt bien. Mais à l’intérieur, on sent que l’on ne va pas super vite… On sent que le bateau a encore du potentiel, que l’on n’est pas calées en assiette, que l’on fait plein de fautes. Après, on est encore pas mal centrées sur nous et on ne regarde pas tellement les autres, c’est vrai.

v&v.com : Néanmoins, lorsqu’on vous observe, on reconnaît votre style tactique : c’est bien que vous arrivez à suffisamment vous libérer de la technique pour vous concentrer sur autre chose… Chez vos concurrentes en revanche, cela a l’air plus compliqué.
S.S. : Le positionnement au départ me semble très important, selon ce qu’on veut faire et notre VMG. Après, ce n’est qu’une question de placement… De mon point de vue, en effet, je trouve que cela n’attaque pas. Dès le départ, ça suit, et sur le deuxième près et le deuxième portant, ça ne joue pas. Du coup, quand on est devant, il n’y a rien à faire, c’est facile… Moi, je ne suis pas sur ce mode-là. Si j’étais 3e ou 4e, j’essaierais de tenter un coup, de me mettre dans un placement où je peux regagner.

v&v.com : Sur le départ, est-ce qu’elles sont gênées parce qu’elles maîtrisent moins bien l’arrêt dynamique ?
S.S. : Je pense qu’elles le maîtrisent mieux que nous. (Elle rit.) Parce que nous, on ne s’y est mis qu’il y a une semaine et, si on a passé un cap trois jours avant le mondial, il y a encore des situations où on ne va pas aller parce qu’on ne sait pas si on va les maîtriser…

v&v.com : Est-ce alors qu’elles se focalisent trop sur cette technique ?
S.S. : En effet, c’est ce que j’ai pu noter : elles sont très concentrées sur leurs arrêts dynamiques et à côté de ça, il y a des bananes monstrueuses sur la ligne. Au niveau des repères de ligne et du placement, ça pêche : elles sont bien à huit longueurs en dessous quand nous, on est deux longueurs devant, en pointe. J’ai trouvé ça particulier, surtout quand on n’est pas encore en finale – avec la pression, qu’est-ce que ça va donner ? J’attends de voir.

Difficulté techniqueLes conditions de petit temps majoritairement rencontrées à Marseille ont malgré tout facilité la tâche à l'équipage qui n'a réellement débuté en 49er FX qu'en juillet dernier.Photo @ Piérick Jeannoutot YCPR

v&v.com : Parmi vos concurrentes, il y a certes quelques filles – l’Italienne Giulia Conti, l’Espagnole Tamara Echegoyen, l’Américaine Anna Tunnicliffe… – qui ont des trajectoires similaires à la vôtre, mais une bonne part sont jeunes : est-ce que ce n’est pas ce différentiel d’expérience qui fait qu’il y a de l’air dans la flotte ?
S.S. : Je pense que cela doit jouer. Mais s’il y a des conditions où la technique prend le pas, comme les deux jours ventés qui viennent, la différence va se gommer. Dans le vent, cela va être plus difficile pour nous… Enfin, je ne sais pas ce que tu en penses, Julie ?
J.B. : Je pense qu’il y a quand même pas mal de filles qui ont un super niveau. Il doit bien y en avoir une dizaine, or mine de rien, dans le rond or, on n’est que vingt. Après, si tout le monde débute, nous avons au moins l’avantage de connaître le clapot de Marseille qui est bien particulier. On a bossé dans ces conditions, donc on est quand même relativement à l’aise, avec une vitesse correcte. Même si les autres sont arrivées tôt ici, leur préparation n’a pas été optimale, entre le mistral et la mole ! (Elle rit.)

v&v.com : Dans le vent, vous vous en sortiez comment à ce moment-là ?
S.S. : On a pas mal temporisé, notamment parce que l’on avait fait un gros stage de deux semaines, fin août, et que l’on arrivait déjà bien cramées. Les journées de repos forcé sont bien tombées.

v&v.com : Par mistral, qu’est-ce qui était le plus compliqué ? Les vagues ou la force du vent ? Car pour ce qui est du vent d’Est qui vous attend, cela se jouera sur mer plate…
J.B. : Non, il n’y aura pas beaucoup de vagues, mais ce sera plus foireux ! (Elle éclate de rire.) Il y a beaucoup de changements d’intensité et, mine de rien, quand on est deux au trapèze, c’est compliqué ! Il faut rentrer, ne pas dessaler à la contre-gîte, ne pas dessaler à la gîte ! (Elle rit.) On a déjà vécu une journée de ce genre, ça nous a marquées !

v&v.com : Ce qui est bien, c’est qu’après six mois de dessalages intensifs (Julie a commencé à navigué en 49er FX plus tôt que Sarah, ndr), ça fait toujours rire Julie !
J.B. : On ne va pas commencer à pleurer !
S.S. : Surtout qu’elle se fait mal ! Moi encore, ça va…
J.B. : Mais moi, je me prends d’abord la coque, puis Sarah !

v&v.com : Vous deviez être les dernières Françaises à vous y mettre et au final, or les autres équipages ont entre temps été recomposés… Ça s’annonce compliqué pour le groupe des Françaises ?
S.S. : Les six équipages sont maintenant stabilisés, normalement. Marion Leprunier et Alizée Gadel (qui ont terminé dans le rond argent du mondial, comme les autres Françaises exceptées Steyaert et Bossard, ndr) ont navigué avec nous tout l’été et les autres, en dents de scie, selon leurs projets… Du coup, il y en a aujourd’hui qui découvrent la compétition sur ce bateau, comme nous sur le championnat d’Europe (couru à Aarhus en juillet, où Steyaert et Bossard avaient fini 32e, ndr). Mais je pense qu’on est un bon groupe, que l’on a bien bossé et qu’aujourd’hui, la différence va se faire sur d’autres choses.

v&v.com : Et votre équipage ? Comment ça se passe ? Sarah, tu "débutes" en double…
S.S. : L’équipage, c’est top ! Bon, j’étais très “sport co” avant (Sarah a pratiqué le volley à bon niveau, adolescente, ndr), donc je connais un peu ce fonctionnement. Le plus dur, cela a été de verbaliser tout ce qu’avant je faisais seule pour que Julie en ait connaissance et ne subisse pas.

v&v.com : Que donnent les échanges avec les garçons, les Français du 49er étant particulièrement affûtés ?
J.B. : Ils ont encore cours, sont toujours indispensables et ils sont tops ! Les garçons nous donnent beaucoup. C’est simple, quand on a une question à poser, on va les voir. Ils viennent naviguer avec nous, on mixe les équipages… C’est super efficace !

Double podium en 49er à MarseilleLe doublé français au mondial de Marseille a une saveur particulière : pour Manu Dyen et Stéphane Christidis, le podium est une première, et pour les filles, c'est engageant pour la suite, la série des 49er FX n'existant que depuis quelques mois.Photo @ Lionel Cottin FFV

v&v.com : Quel est votre programme à venir ?
S.S. : Je suis détachée de l’Éducation Nationale, donc tout va bien.
J.B. : Moi, je suis ingénieur qualité chez Eurogiciel, l’un des prestataires d’Airbus. Jusqu’à présent, je travaillais à 60% et j’espère diminuer cette charge, en CIP, c’est-à-dire que la Fédération fait un complément de salaire. Donc on s’installe à Marseille.
S.S. : C’est définitif !

v&v.com : Pour quel programme ?
S.S. : On n’en a pas encore la confirmation. On a contacté quelques étrangères, l’Espagnole, l’Italienne parce que l’on ne veut pas être seules – même si on a un bon groupe. Cela accroche bien avec la Néo-Zélandaise, mais aller là-bas, c’est autre chose budgétairement… Et puis, certains groupes sont déjà formés.

v&v.com : Et vous partez pour faire beaucoup de volume…
S.S. : Plutôt, oui. Car de toute façon, on a un an de retard. Si c’est bien ce que l’on fait aujourd’hui, cela peut ne pas tenir. On est dans le coup, c’est ce qu’on voulait, on valide des choses… Mais il y a encore beaucoup de travail.

v&v.com : C’est probablement lors de cette deuxième saison que les choses vont évoluer vite…
S.S. : Oui, probablement. Je ne sais pas. Enfin, je ne sais pas ce que nos concurrentes ont fourni comme travail avant, donc ce qu’elles peuvent faire maintenant, par rapport à nous. Quoi qu’il en soit, on reste sur notre ligne et je crois que c’est un bateau où l’on ne peut pas trop s’arrêter. Donc on y va, on fonce !