Actualité à la Hune

Mondial ISAF – Perth 2011

A Perth, peu de profits ?

Sélections olympiques, qualification de la nation, titres en jeu… Les Français qui ont attaqué à Perth sont au charbon. Voici quelques jours, ils nous racontaient les enjeux de ce Mondial sous haute tension.
  • Note :

    1 votes
  • 0 commentaire(s)
  • 4897 consultation(s)
  • Publié le : 15/12/2011 - 00:01

Dyen et Christidis, podiumablesSi la saison d'Emmanuel Dyen et Stéphane Christidis a été interrompue suite à la blessure du barreur, l'équipage a tout fait pour revenir à son niveau.Photo @ Lionel Cottin FFV
Les hostilités ont débuté la semaine dernière en Australie. A quelques mois des Jeux, ce mondial ISAF a un goût particulier : plan d’eau de Fremantle venté (comme aux Jeux), première occasion de sélectionner sa nation (voir à ce sujet notre précédent article «Compte à rebours brûlant», ici), dernier rendez-vous majeur avant cet été, ultime épreuve de référence pour les sélections françaises… La trentaine de coureurs de l’Equipe de France a du pain sur la planche.
Avant leur départ à l’autre bout du monde, nous en avons rencontré certains, poussés par l’envie de leur poser trois questions. Le terrain de jeu est-il favorable à certains plutôt qu’à d’autres ? En cette date charnière, joue-t-on le mondial ou la sélection ? Qu’est-ce qui humainement rend ces sélections si difficiles ?

 

> Sélections, guerre des nerfs
Le haut niveau en voile légère est un petit milieu et pour progresser dans un petit milieu, la meilleure solution semble être de regrouper les coureurs d’une même série et de tirer le niveau vers le haut. Alors, les amitiés se créées parfois… Mais devant les sélections, la concurrence n’en est pas moins rude et parfois difficile à gérer.

Lobert vise une place dans les 5En compétition pour la sélection en Finn, Jonathan Lobert était parti pour jouer dans les 5 à Perth. L’an dernier, le Nantais avait remporté la régate internationale courue sur le même terrain de jeu.Photo @ Guillaume Durand FFV / DPPIEn Finn, Jonathan Lobert affirme que l’atmosphère est vraiment très agréable entre Thomas Le Breton et lui, tant leur niveau est proche et leur complémentarité exemplaire. Chacun sait que l’un ne se rendra pas aux Jeux l’an prochain et tâche de s’y préparer. «Nous tirerons une grande satisfaction de la collaboration : la progression a été fulgurante !»

Chez les planchistes, Charline Picon explique qu’il y a une hiérarchie prononcée et que les sélectionnées sont déjà plus ou moins connues. Une certaine légitimité, cela évite les luttes de pouvoir… Mais la jeune planchiste admet avoir hâte d’entendre son nom dans la bouche du DTN.

Pour Sarah Steyaert (Laser Radial), toutes les sélections sont difficiles. Celle-ci s’est cependant avérée encore plus compliquée, dans la mesure où elle présentait en même temps son concours de Professeur des écoles. Et si jusqu’ici, le bilan sportif n’est pas à la hauteur de ses attentes, l’équipe de France compte néanmoins une nouvelle enseignante en son sein !

En 49er, il s’agit de la troisième préparation olympique d’Emmanuel Dyen et Stéphane Christidis ! Avec le temps, ils ont appris à prendre du recul, mais admettent que ça peut être difficile.

En 470, Pierre Leboucher conclut : «Pour les athlètes, il très difficile d’assumer qu’il n’y ait pas de règles de sélection strictes. Plus le niveau des sportifs du groupe est homogène, plus c’est difficile.» Avec Vincent Garos, ils ont déjà vécu la déception de rater leur sélection : «Nous ne voulions pas que ça recommence, donc il fallait être très largement au-dessus des autres équipages.»

 

Picon veut sa revancheAprès sa déception au Test Event en RS:X, Charline Picon a travaillé dur et voulait montrer à ses adversaires qu’elle était maintenant au top, y compris dans des conditions plus musclées.Photo @ Jean-Marie Liot FFV / DPPI
> Poids lourd pour plan d’eau venté
Sur la côte Ouest de l’Australie, le plan d’eau de Fremantle où se court le mondial ISAF a la réputation d’être plutôt physique, comme le plan d’eau olympique…

Autour d’un café, Lobert est détendu. Dans trois jours, il sera dans l’avion pour l’Australie, mais à chaque jour suffit sa peine. Pour l’heure, le Finniste nantais est souriant. Il aime Perth. Et pour cause : l’an dernier, il en avait remporté la régate internationale. «Je sors de trois semaines d’entrainement dans le vent fort, détaille-t-il. J’ai enfin le poids parfait pour être vraiment compétitif dans ces conditions, alors que l’an dernier j’étais un peu léger.» Un peu léger… Le garçon mesure pourtant 1,95 m pour 99-100 kg, soit 4 à 5 kg de plus que l’an dernier. Mais ne nous méprenons pas ! Pas un gramme de gras ! «Ces 5 kilos de plus, c’est quelque chose que l’on ressent à la fin de la semaine, lorsqu’on vient de passer quatre jours à régater dans le vent fort, qu’il faut encore tenir et ne pas s’effondrer. Ça peut permettre de faire la différence.» De la préparation physique, beaucoup de repos et le soutien de la famille et des amis, c’est donc la recette du champion.

Steyaert de retour ?Après une saison de Laser Radial en demi-teinte, Sarah Steyaert se dit de retour à son niveau : les examens en poche, elle a pu se consacrer totalement à sa préparation.Photo @ Guillaume Durand FFV / DPPIPrendre du poids semble avoir été le thème de travail récurrent, cette saison, au sein de l’équipe de France, à en croire les filles. Steyaert explique : «J'ai travaillé physiquement depuis trois mois pour devenir une "bête de brise" et j'ai maintenant hâte de me confronter aux étrangères dans ces conditions !», tandis que Picon opine du chef.

Steyaert a 25 ans. En 2008, elle avait terminé cinquième des JO de Pékin en 2008. «J'ai pu naviguer quelques jours sur le plan d'eau de Perth. Nous avons eu trois jours à 15-25 nœuds de Dr Fremantle (le vent du Sud) et deux jours de vent du Nord, chaud et faible. Je suis étonnée de la mer quand on a eu du Dr Fremantle : pas de grosse houle, mais un fort clapot court, physique au près et au portant. Le vent du Nord est plutôt oscillant, et j'aime bien ça !»

Dyen et Christidis sont, eux, naturellement plus du genre "bêtes de brise". D’autant qu’ils ont pris 9 kilos depuis le Test Event de cet été. «Mentalement, c’est bon de pouvoir se dire qu’on a fait un podium, à Perth même, l’an dernier. Ça met en confiance. Et puis il s’agit d’un plan d'eau venté et techniquement, nous avons toujours été à l’aise dans la brise», détaille le barreur.

«Il s’agit d’un plan d’eau très typé, avec beaucoup de vent et une mer très courte, renchérissent les Quatre-Septistes Leboucher et Garos. Nous ne sommes pas sûrs que ces conditions conviennent parfaitement à un équipage polyvalent comme le nôtre, mais on travaille pas mal sur les réglages.» Après leur saison fantastique, les deux Nantais n’en semblent pas moins très déterminés à remporter ces mondiaux.

 

En route pour le titre mondial ?Après une saison délirante, Pierre Leboucher et Vincent Garos auraient pu écrire à Perth l'une des deux seules lignes qui manquent à leur palmarès : un titre mondial. Photo @ Jean-Marie Liot FFV / DPPI
> Mondial ou JO ? Les deux, mon général !
Le Mondial ISAF est la dernière épreuve avant que ne soit annoncée la liste des sélectionnés français pour les Jeux Olympiques de Londres, en 2012. Dans ce contexte, les athlètes jouent-ils plutôt leur qualification ou le mondial lui-même ?

Pour Leboucher et Garos, la réponse fuse : «Nous jouons le mondial, l’objectif n’étant pas d’être les meilleurs Français, mais bien les meilleurs mondiaux.»

«Je ne connais pas exactement les critères de sélection et nous sommes probablement très serrés avec Thomas Le Breton, pour la place en Finn, répond Lobert. Perth est un plan d’eau différent de Weymouth. On ne recherche pas les mêmes qualités, du coup, je me focalise vraiment sur le mondial. Mon objectif est de jouer dans les cinq. Tenter le podium serait l’idéal. Il y aussi la nation à qualifier… Et rien ne dit que celui qui qualifie la France la représentera bien lors des jeux en 2012 !» Réponse claire, prouvant que la question s’est bien posée dans la tête des coureurs.

Approche un peu différente en 49er. Emmanuel Dyen raconte : «Depuis le début, on est dans l’optique de glaner une médaille aux JO. Jusque là, il ne s’agit que de points de passage pour y arriver. En réalité, on ne pense pas vraiment à la sélection, dans la mesure où si nous sommes dans nos objectifs de progression – à savoir faire un podium – la sélection tombera d'elle-même.»

Même analyse pour Steyaert : «Sélections mathématiques ou non, j'ai un mondial à jouer et mon objectif, c'est de ramener une médaille et si possible le titre ! Le reste suivra.»

Donc si tout se passe bien, nous devrions voir revenir quelques médailles de Perth autour des cous tricolores et la qualification de la France dans bon nombre de disciplines.

Ajoutez votre commentaire

Connectez-vous pour publier un commentaire.

Vous êtes abonné(e) ou vous avez déjà posté un commentaire identifiez-vous :

Mot de passe oublié ?

Pas encore inscrit ? Créez votre pass voilesetvoiliers.com
(indispensable pour poster un commentaire, faire un achat dans la boutique, déposer une annonce...)

En complément

  1. sarah steyaert vs sophie de turckheim 24/11/2011 - 00:06 Mondial ISAF – Perth 2011 Compte à rebours brûlant A Perth, Australie, les Français se préparent pour un ultime défi : glaner des titres mondiaux, qualifier le pays et remporter leurs sélections olympiques… Les Jeux sont dans huit mois.
  2. sarah steyaert, 2ème en laser radial à la sof   l'atypie et l'ambition 02/05/2011 - 13:57 43e SOF à Hyères Sarah Steyaert, médaille d'argent en Laser Radial : atypique et ambitieuse Le 29 avril à Hyères, au terme d’une semaine de suspense intense, la Française Sarah Steyaert a fini la Semaine Olympique Française deuxième en Laser Radial, à seulement un point de la Néo-zélandaise Sarah Whinter. Une championne atypique qui raconte sa déception d'avoir manqué l'or de si peu, et son ambition pour les prochaines épreuves, à un an des JO de Londres.
  3. le 49er expliqué par dyen et christidis 29/04/2011 - 22:00 J.O. de Londres 2012 49er : le skiff olympique expliqué par Dyen et Christidis Conçu en 1996 par l'Australien Julian Bethwaite, le 49er est un dériveur léger monotype à deux équipiers, olympique depuis les JO de Sydney en 2000. Très léger et toilé (60 m2 au portant sous spi), il s'agit d'un skiff inspiré des 18 pieds australiens qui demande à son équipage engagement, équilibre et une grande maîtrise technique. Manu Dyen et Stéphane Christidis, qui figurent parmi les 3 meilleures équipes de 49er au monde, nous en révèlent les secrets...
  4. plein soleil sur dyen-christidis 26/03/2011 - 00:52 JO de Londres 2012 – 49er Plein soleil sur Dyen-Christidis Ces prochains mois seront peut-être les plus difficiles pour Emmanuel Dyen et Stéphane Christidis, les stars françaises du 49er. Pas tant à cause des sélections olympiques qu’ils devraient accrocher facilement, mais parce qu’ils sont maintenant privés de leurs meilleurs adversaires et partenaires.
  5. d eacute;part en pointe 07/02/2011 - 06:05 Rolex Miami OCR 2011 Le feu sacré des Français On pourrait décortiquer la semaine olympique de Miami, qui s’est déroulée fin janvier dans de petit temps et du médium, et s’attarder sur les bons résultats des Français. Mais à trois mois des sélections, ce n’est pas le plus important pour nous. On préfère plutôt souligner les événements qui feront peut-être la différence d’ici quelques semaines : le retour de Steyaert en Radial, le probable maintien de Rohart et Ponsot en Star, l’enjeu psychologique des sélections en 470, le déclic de l’équipage de Leroy en match-race…
  6. typ eacute;s petit temps, mais polyvalents 24/04/2010 - 00:09 Leboucher et Garos tentent le doublé sur la SOF «Les étrangers nous envient et nous craignent à la fois» Ils ne mâchent pas leurs mots. Ce qu'ils veulent, c'est gagner la 42e semaine olympique française et réaliser le doublé en 470. Pierre Leboucher et Vincent Garos sont, comme toute l'Equipe de France aujourd'hui, ambitieux et affûtés et vont faire le ménage dans la concurrence internationale. Interviewés, ils présentent cette difficile épreuve à domicile qui s'ouvre demain à Hyères.