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FÉDÉRATION FRANÇAISE DE VOILE

Nicolas Hénard : « Je suis candidat à la présidence de la FF Voile ! »

Le nom de ce grand gaillard aussi blond que brillant, né à Calais, marié père de cinq enfants, n’est pas aussi connu que ceux de Cammas, Pajot, Peyron Desjoyeaux ou Gabart. Pourtant, Nicolas Hénard a été double champion olympique de Tornado en 1988 à Séoul avec Jean-Yves Le Déroff (depuis quelques mois directeur de l’ENVSN), puis en 1992 à Barcelone avec Yves Loday. À 52 ans, après de longues années dans les plus hautes instances de la FF Voile, il a décidé de se présenter à la présidence en mars 2017 pour succéder à Jean-Pierre Champion, qui se retire après 20 ans et cinq mandats. Nicolas Hénard qui a choisi voileetvoiliers.com pour sa première grande interview, n’élude aucune question et va droit au but.
  • Publié le : 29/10/2016 - 00:01

BrestLe retour des héros après l’or olympique à Séoul pour Nicolas Hénard et Jean-Yves le Déroff (à gauche) avec au second plan leur entraîneur Jean-Pierre Salou.Photo @ Coll. Hénard

Voilesetvoiliers.com : Votre nom ne dit pas grand chose aux gens, surtout aux jeunes nés après 1990. Pourtant vous êtes le seul régatier français double médaillé d’or olympique. Vous avez souffert de ce manque de reconnaissance à l’époque ?
Nicolas Hénard :
Oui un peu, mais c’est passé ! J’ai surtout souffert que cela ne serve pas plus d’exemple à la jeunesse. La voile olympique, c’est beaucoup d’abnégation et de moments forts aussi… mais ça reste une discipline discrète.

Voilesetvoiliers.com : Vous étiez à Rio cet été, dans quel but ?
N. H. :
En tant qu’élu j’ai été invité par le président Jean-Pierre Champion car j’ai donné un coup de main lors des sélections. Avec Claire Fountaine, vice-présidente en charge du haut niveau, Jacques Cathelineau, DTN (Directeur Technique National), Guillaume Chiellino Directeur de l’équipe de France et Serge Raphalen président de la ligue des pays de Loire, nous avons repensé le système et les modalités de sélection aux JO, l’idée étant d’être moins mathématique… tout en assumant les choix d’équipages avec des objectifs forts comme les championnats du monde notamment.

Voilesetvoiliers.com : Quel regard portez-vous sur cette olympiade ?
N. H. :
J’avais pronostiqué deux médailles d’or plus deux autres médailles. Mais on sait qu’avec les pépins de santé de Billy (Besson), lui et Marie (Riou) n’ont pas pu décrocher cette médaille d’or tant attendue. N’empêche, pour moi le bilan est très bon. Bravo à tous !

Double médailléNicolas Hénard est le seul régatier français double médaillé d’or aux Jeux en Tornado. Photo @ Coll. Hénard

Voilesetvoiliers.com : Il se dit qu’à Rio cet été durant les JO, vous avez surtout passé beaucoup de temps à soutenir et rassurer les parents des coureurs ?
N. H. :
C’est assez vrai (rires), je n’ai fait que cela ! En fait tous les matins très tôt, on « privatisait » la plage olympique avec quelques élus, en disposant des drapeaux tricolores partout. C’était un peu un territoire français pour accueillir le club de supporters. C’est un fait que j’ai souvent essayé de « déstresser » les familles, à l’image de Myriam, la maman d’Hélène Defrance en lui disant que ça allait bien se passer… et je suis content de savoir que ça été le cas (elle a obtenu le bronze en 470 avec Camille Lecointre, ndlr).

Voilesetvoiliers.com : Il paraît aussi que vous vous êtes proposé pour accompagner Billy Besson lors de son rapatriement de Rio à Paris ?
N. H. 
: Oui. C’était une réaction d’ancien athlète et de quelqu’un qui a eu des coups durs dans la vie. Je ne voulais pas le laisser partir ainsi et j’ai trouvé très bizarre qu’il quitte seul les Jeux avec cette douleur psychologique et physique, pour se retrouver face à un grand chirurgien lui demandant de prendre une décision rapide à savoir si on opérait ou pas ? J’ai fait avancer mon billet d’avion, et suis resté à l’hôpital avec Billy en attendant que son frère, Jessie, prenne le relais. Il débutait le Tornado quand moi je terminais et on s’est du coup rappelé des souvenirs « d’anciens combattants. ». C’était amusant d’apprendre que Billy considérait la très forte équipe de France de Tornado de l’époque comme la « Patrouille de France ».

Voilesetvoiliers.com : Est-ce exact que vous vous êtes plus fait connaître en accompagnant l’ancien ministre Jean-François Deniau lors d’une transat sur un cata de croisière que lors de vos deux titres olympiques ?
N. H. :
On peut dire oui… J’ai eu une cette chance, après mes victoires olympiques, de rencontrer Jean-François Deniau, avec qui j’ai travaillé deux ans comme « aide de camp » à l’Assemblée Nationale. Je l’ai accompagné dans une transat après son triple pontage coronarien et ça a été très couvert médiatiquement. Son livre « L’atlantique est mon désert » (éditions Gallimard) est, je l’avoue, mon meilleur CV.

DeniauDurant deux ans, Nicolas Hénard a été le « chef de camp » du député Jean-François Deniau à l’Assemblée. Photo @ Coll. Hénard

Voilesetvoiliers.com : Quelle est votre formation et qu’avez-vous fait après une dizaine d’années de voile olympique ?
N. H. :
J’ai obtenu mon Capes d’EPS à l’Insep deux ans avant les Jeux de Séoul avec une 7e place au concours, ce qui m’a permis d’être détaché avec Jean-Yves Le Deroff, également prof d’EPS. Nous étions quasiment professionnels et c’était la première fois que ça arrivait à ce point dans la voile olympique. Après 1988 et la médaille d’or, j’ai été admis à HEC… et le DG du Groupe, Henry Tezenas du Montcel m’a dit : « Je sens que vous voulez une autre médaille. Allez-y et vous reprendrez vos études après les JO de Barcelone ». Moi ma leçon de vie c’est que le sport de haut niveau est tellement déséquilibrant qu’il faut aussi des points d’ancrages forts comme la famille, une formation solide, un métier. Bref, il faut aussi penser à sa stabilité pour réussir des performances.

Voilesetvoiliers.com : Après un brillant parcours sur tous les plans pourquoi avez-vous décidé de vous présenter à la présidence de la FF Voile ?
N. H. :
Je vois ça comme une vocation !  Jean-Pierre Champion a fait cinq mandats (20 ans), moi j’en vise deux (8 ans). C’est raisonnable, car il faut que les fédés et les mouvements sportifs réfléchissent à ces grandes lignes droites de présidence, beaucoup trop longues. Je suis un habitué des doubles olympiades : c’est un clin d’œil... La FF Voile a de vrais fondamentaux financiers. Elle a fait de belles choses ces dernières décennies, notamment d’élargir la grande famille à l’habitable et la course au large, alors qu’avant c’était plus yachting voile légère et olympique. Mais aujourd’hui, il faut aller plus loin. Il y a de nouvelles pratiques et de nouveaux comportements qui arrivent. Cerise potentielle sur le gâteau, il n’est pas exclu que Paris (Marseille pour les épreuves de voile, ndlr) soit la ville retenue pour les Jeux olympiques 2024 - un évènement qui se déroule à peine une fois par siècle dans un pays comme la France. Il faut une présidence de combat pour dynamiser tout ça.


Nicolas HénardÀ 52 ans, double médaillé d’or en Tornado, Nicolas Hénard a décidé de se présenter à la présidence de la FF Voile. Photo @ DR
 

Voilesetvoiliers.com : Mais encore ?
N. H. :
On n’a pas su appréhender l’effritement des licenciés comme il le fallait. Nous devons arrêter d’être uniquement régaliens par rapport à ces nouveaux pratiquants. Avec des disciplines comme le kitesurf et les bateaux qui volent, il nous faut être plus ouverts et accueillants. On ne peut pas imposer à ces gens qui ne pensent qu’à la liberté, de se licencier obligatoirement, mais on doit parvenir à les motiver les rassembler. Il faut réfléchir à ce que la fédé apporte à ses licenciés, à ses clubs et à ses structures adhérentes. Il faut faire confiance aux professionnels et à tous les bénévoles qui font vivre les structures. Partout réinjecter de la convivialité aussi.

Voilesetvoiliers.com : A priori vous n’êtes pas « le candidat désigné héritier » par le président sortant. C’est vrai ?
N. H. :
Je pense que ce n’est pas faux, mais on pourrait me répondre que c’est une rumeur de plus. Ce que je sais, c’est que moi je me présente officiellement. Je l’ai dit à Jean-Pierre Champion en tête-à-tête avant les Jeux olympiques. Mais je m’étais formellement interdit d’en parler durant les Jeux pour ne pas perturber les coureurs et l’encadrement chose que j’ai vécu à l’époque… J’ai ensuite officiellement annoncé ma candidature auprès des membres du conseil d’administration, des présidents de ligue, des grands électeurs.

Voilesetvoiliers.com : Il paraît aussi que vous avez tenté de vous rapprocher de Jean-Luc Dénecheau président de la commission centrale d’arbitrage et membre du bureau exécutif. Dans l’attente d’une confirmation, il semble qu’il se présentera en étant le « candidat désigné » par l’actuel président de la FF Voile ?
N. H. :
C’est ce que semble confirmer la rumeur. Quand j’ai compris qu’il y avait un second candidat je me suis rapproché de lui à plusieurs reprises afin de lui proposer d’échanger, de constituer une liste commune mais j’ai eu ce que j’appelle une fin de non recevoir. Je suis pourtant convaincu que l’on peut faire des choses ensemble. Comme à bord d’un bateau, cela dépend des talents respectifs et de la définition des rôles. Je ressens partout beaucoup d’enthousiasme, y compris de l’appareil fédéral.

Podium 1988Le podium en Tornado à Séoul en 1988.Photo @ Coll. Hénard

Voilesetvoiliers.com : On a un peu le sentiment à vous écouter que le système fédéral est verrouillé ?
N. H. :
J’ai le sentiment que pour les élections, certains prennent le problème à l’envers en réfléchissant d’abord à la succession du président, avant même d’échanger et de partager les constats avec les acteurs de terrain pour ensuite présenter un projet et élaborer une équipe capable de le mener à bien.

Voilesetvoiliers.com : Vous annoncez comme objectif 1 000 clubs et structures locales en bonne santé, 1 million de pratiquants par an et 500 000 licenciés à travers des prestations et titres repensés. C’est ambitieux non ?
N. H. :
Oui, c’est ambitieux ! Mais c’est comme avant une régate, il faut se fixer des objectifs. Je pense que l’on peut arriver à ces chiffres au bout de deux mandats. Passer de 300 000 à 500 000 licences en huit ans, je suis certain que c’est jouable, mais il faut qu’on écoute ceux qui font la fédération, ils savent comment faire. Toute la fédération doit aussi être au service des clubs, des écoles et des pratiquants.

Voilesetvoiliers.com : Ça va être difficile de vous faire élire malgré votre cv sans faute, votre légitimité et le soutien des coureurs ?
N.H  :
J’aime les défis difficiles et c’est ce qui m’a toujours fait avancer ! Pour ma 1ère médaille à Séoul, tout le monde m’a dit que ce serait juste impossible… et avec Jean-Yves (Le Deroff) nous avons gagné avant la dernière manche. Pour ma 2ème médaille à Barcelone, ce n’était même pas imaginable… à tel point qu’à l’issue des sélections avec Yves (Loday) certains ont déclaré qu’il fallait changer le mode de sélection car nous n’avions aucune chance. On a prouvé que c’était faisable ! Ceux qui pratiquent la voile compétitive sont naturellement derrière moi mais ceux qui me croisent et ceux qui souhaitent que la fédé se développe le sont tout autant. C’est enthousiasmant. Je suis très confiant.

Tornado 1992Avec Yves Loday quelques mois avant d’être champions olympiques à Barcelone. Photo @ Coll. HénardVoilesetvoiliers.com : Mais présider une fédé ce n’est pas une course ?
N. H. :
Non, mais je me définis dans un rôle de skipper. Chaque fois que j’ai été à la tête d’un équipage ou d’une entreprise, je me suis retrouvé avec des gens bien plus compétents que moi à leur poste. J’avais absolument besoin d’eux et eux avaient absolument besoin de moi. C’est un peu comme ça que je vois les choses. Écouter, définir un projet, rassembler une équipe, être à son service, en assumer la responsabilité.

Voilesetvoiliers.com : Vous ne semblez pas être dans l’opposition systématique, encore moins vouloir révolutionner la FF Voile et êtes le premier à reconnaître le très bon bilan de Jean-Pierre Champion. Vous semblez séduire les élus, mais pas forcément pour le moment recueillir leurs suffrages. Ne faites-vous pas un peu peur ?
N. H :
C’est la situation qui fait peur, pas moi j’espère ! Au moins deux candidats après cinq mandats consécutifs, c’est une situation inédite. Le constat aujourd’hui, c’est qu’il n’y a pas vraiment d’opposition, qu’il n’y a pas de discussion avec un appareil « fait sur mesure », pas habitué à avoir deux candidats et deux listes (32 membres par liste avec cette année la parité hommes femmes, ndlr). J’espère que nous pourrons confronter nos projets respectifs, sur ce que l’on a envie de faire et comment le faire. Mais force est de constater que ma candidature dérange. Je rencontre des tas d’élus qui me disent : « Nicolas c’est génial ce que tu proposes et c’est une très bonne nouvelle pour la voile que tu aies envie de la faire, mais cela pose un vrai problème… car ce n’est pas toi que Jean-Pierre a choisi. »

Voilesetvoiliers.com : Qui vote pour la présidence ?
N. H. :
Ce sont les grands électeurs désignés aux assemblées générales de ligue quelque temps avant l’élection proprement dite lors de l’AG de la FF Voile. En gros, c’est un mixte entre les sénatoriales pour les grands électeurs et les municipales pour la logique de scrutin de liste !

Voilesetvoiliers.com : Avec un double champion olympique de Tornado comme président, ça bougera forcement en voile légère ?
N. H :
La voile légère est en bonne santé, mais nous pouvons mieux faire ! Moi je ne veux surtout pas mettre dans une case la voile habitable et dans une autre la voile légère. On voit bien de toute façon que ça n’a plus de sens. À haut niveau par exemple, il y a des transfuges de la course au large qui viennent naviguer sur des dériveurs à foils, il y a des coureurs olympiques qui vont sur la Coupe de l’America, la Volvo Ocean Race, le Vendée Globe… Et ce n’est pas à travers un dispositif complètement régalien et très français que nous pourrons élargir et ouvrir vers d’autres séries et pratiques en vogue. Il faut assumer notre délégation de gestion de la voile en France mais il faut aussi être accueillant et à l’écoute. En outre, il faut arrêter de dire qu’il y a d’un côté la voile de compétition et de l’autre le développement et le loisir, comme si les deux s’opposaient. C’est l’inverse, les deux se nourrissent l’un de l’autre. Les Ecoles Françaises de voile ont absolument besoin de résultats en course au large, en bateaux qui volent… Tous ces sujets ne s’opposent pas, ils se complètent et s’enrichissent mutuellement. Il faut faire rêver les gamins ! Il faut qu’ils se disent en voyant François Gabart, Franck Cammas, Charline Picon, Camille Lecointre, Hélène Defrance, Pierre Le Coq… : « c’est où l’école de voile, je veux faire comme eux ! »

Tornado 1988A Séoul en 1988, Le Déroff et Hénard ont été très loin dans le détail, utilisant des combinaisons favorisant l’aérodynamique. Photo @ Coll. Hénard

Voilesetvoiliers.com : Justement, la voile ne souffre t-elle pas de son statut « sport de riche » et donc inaccessible pour certains ?
N. H. :
Que ce soit dans les grandes courses au large ou aux Jeux olympiques, je trouve dommage que les résultats sportifs… ne soient pas des « aspirateurs » à gamins. En plus du poids économique que représente notre secteur, nous avons un rôle social hyper important à jouer quand on voit ce qu’il se passe un peu partout. Les structures comme les Ecoles Françaises de Voile que nombre de fédérations nous envient, doivent être aussi des « aspirateurs » à gamins qu’on ne doit pas laisser traîner dehors. Il faut qu’on les fasse venir sur des bateaux. Ils vont apprendre des tas de choses. Ils vont apprendre le respect de l’autre, de la nature. Ils vont apprendre que la nature est beaucoup plus forte qu’eux, ils vont avoir la trouille de ça. Ils vont comprendre qu’en bateau il faut être modeste… C’est vraiment une de mes priorités de mettre sur l’eau des gamins qui n’auraient jamais l’idée d’y aller. C’est là que les champions sont très utiles et je veux que les résultats servent cette cause. Les champions eux-mêmes sont ravis de donner un tel sens à leurs performances.

Voilesetvoiliers.com : vous avez encore le temps de naviguer ?
N. H. :
Plus trop ! J’ai beaucoup navigué à une époque en croisière et en famille. Là j’ai un voilier de 10 mètres aux Açores qui me permet de visiter l’archipel quand je suis en vacances.

Voilesetvoiliers.com : Vous auriez vingt ans. Sur quel support attaquez-vous une préparation olympique ?
N. H. :
Sans hésiter en Nacra 17 ! De plus avec les foils, il paraît que c’est extraordinaire !

CroisièreAprès dix ans d’olympisme, Nicolas Hénard a sillonné l’Atlantique en famille sur un robuste croiseur. Photo @ Coll. Hénard