Actualité à la Hune

Fédération française de voile

Les premiers mots du Président Hénard

Le double champion olympique a été élu ce samedi 25 mars à Paris, président de la Fédération Française de Voile face à Jean-Luc Denéchau, par 53 % contre 47 %, soit 56 938 voix contre 50 790. À 52 ans, il succède ainsi à Jean-Pierre Champion qui, après cinq mandats et vingt ans à la tête de l’institution, ne se représentait pas. Voilesetvoiliers.com, site sur lequel Hénard avait annoncé sa candidature, a recueilli les premiers propos du nouveau président.
  • Publié le : 25/03/2017 - 22:40

Hénard et CALe nouveau conseil d’administration de la FFVoile constitué de 35 membres. Photo @ JM le Meur/DPPI/FFVoile

C’est un Nicolas Hénard «rincé» selon ses mots, mais au «taquet» qui trois petites heures après avoir été élu, reçoit au siège de la fédé de voile pour une rencontre informelle, tandis que son équipe l’attend de pied ferme dans un bar du 15e arrondissement pour boire une bière bien méritée. «Nous franchissons la ligne en tête mais la régate a été serrée jusqu’au bout. Je suis bien évidemment heureux de ce résultat et aussi très fier de mon équipage. J’ai conscience de la responsabilité qui nous incombe désormais. Nous reprenons une fédération en bon état et notre objectif est de continuer à la développer en positionnant les clubs au centre du jeu» explique en préambule le nouveau président, dont la métaphore prouve qu’il n’a rien perdu de ses réflexes de régatier.

Lui reconnaît qu’il ne s’attendait pas à ce que soit aussi dur : «je n’ose pas avouer le nombre de kilomètres que j’ai effectués depuis octobre dernier… mais ce sont plusieurs dizaines de milliers !» avant d’ajouter : «j’ai eu la chance de travailler avec Jean-François Deniau (ancien ambassadeur, ministre, député, écrivain et marin, ndlr) et lui m’a toujours rabâché qu’une élection se gagne sur le terrain pas dans un bureau.» Lorsqu’au retour des Jeux olympiques de Rio, en tant que membre de la commission nationale de sport de haut niveau dirigée par Claire Fountaine, Nicolas Hénard raconte en privé son souhait de briguer la présidence de la FF Voile, puis annonce officiellement et en avant-première sur www.voilesetvoiliers.com le 29 octobre qu’il est candidat à la présidence de la FF Voile, nombre d’élus fédéraux sont surpris. Il n’y a pas eu d’opposition ou presque durant vingt ans, et le président était réélu dans un fauteuil tous les quatre ans.

HénardNicolas Hénard, double champion olympique, a été élu président de la FFVoile et succède à Jean-Pierre Champion. Photo @ JM le Meur/DPPI/FFVoileQuelques jours plus tard, Jean-Luc Denéchau, 55 ans, qui lui préside la commission d’arbitrage, est membre du Conseil d’Administration et du bureau exécutif, et le seul représentant français au Conseil de World Sailing, officialise à son tour sa candidature, ce que tout le Landerneau fédéral sait depuis le mois de mai. Ce dernier est soutenu officiellement par Jean-Pierre Champion qui, après vingt ans de présidence, ne souhaite pas se représenter, espère alors la vice-présidence de World Sailing auprès de Carlo Croce. Champion n’est finalement pas élu, l’Italien n’étant pas reconduit dans ses fonctions lors d’un scrutin totalement inattendu. La campagne pour ces élections fédérales est relativement courte pour les deux candidats. Nicolas Hénard, «lâché» par Jean-Pierre Champion selon ses mots, n’est absolument pas favori. Il effectue néanmoins une campagne très active. Il quitte son entreprise et part à ses frais pour un tour de France, visite toutes les ligues, rencontre un maximum de bénévoles et de clubs, met en place une liste de «ceintures noires» en respectant la parité hommes femmes ; annonce que s’il est élu il restera bénévole contrairement à son prédécesseur et à son adversaire ; séduit mais parfois agace par son ambition et sa vision, et fait peur aux élus qui appréhendent le changement. Seuls les régatiers nés avant 1970 connaissent l’ancien athlète, seul Français à avoir décroché deux médailles d’or aux JO, respectivement avec Jean-Yves Le Déroff en 1988 (nommé en juillet dernier directeur de l’ENVSN) et Yves Loday quatre ans plus tard.

Hénard, Calaisien, diplômé en EPS et d’HEC, est aussi un sacré animal politique. Il connaît parfaitement les rouages des ministères, les présidents de fédés, souvent d’anciens athlètes olympiques. C’est un chef d’entreprise respecté qui possède du charisme et de l’éloquence, et se refuse à une «chasse aux sorcières» malgré les craintes au sein des permanents. Son programme est finalement assez proche de celui de Jean-Luc Denéchau, qui lui prône une certaine continuité, s’appuyant sur le bilan de Jean-Pierre Champion et d’une fédération en bonne santé financière. À quelques semaines du scrutin, il est bien difficile de savoir qui peut l’emporter, tant les écarts paraissent faibles. Le tournant de l’élection semble se dessiner une semaine avant, lorsque la puissante ligue de Bretagne, apporte un soutien franc et massif à Nicolas Hénard. La suite on la connaît. Dès lundi prochain, le nouveau président va rencontrer les salariés de la fédération, les cadres techniques, le Directeur Technique National, les clubs… et s’atteler aux dossiers.

Nicolas HénardNicolas Hénard a fait les beaux jours du Tornado français.Photo @ J.P Salou
Les premiers mots du Président Hénard 

Le procédé électoral. «On vient de faire ce que j’appelle le stress-test. C’était une première avec deux listes tenant la route. On a vu un que c’était un, compliqué et deux, rude dans l’ambiance. Je vais tout faire pour recoller les morceaux. On avait décidé d’avoir une trajectoire positive constructive et plutôt visionnaire que négative et destructrice. Je me suis imposé contrairement à ce qu’on fait en régate qui est aussi d’observer les concurrents, de ne pas regarder et de tracer ma route. Psychologiquement, c’est très fatigant d’être attaqué et de ne pas réagir. J’ai été souvent face au vent !»

La gouvernance. «Je ne veux pas reproduire ce qui a été fait auparavant avec un président qui décide, avec le bureau exécutif (BE) et le conseil d’administration (CA) qui suivent. Je souhaite que ça parte du terrain, et que le bureau exécutif rapporte au conseil d’administration de l’avancement du projet, et que l’on fasse des allers-retours, avant de prendre des décisions. Pour l’instant le BE n’est pas constitué.»

Les polarités. «J’ai envie de trois polarités : un département «performance compétition», la construction d’un «département économique et social», plus bien sûr environnemental dans la lignée de ce qu’a mis en place avec succès Jean Kerhoas avec les Écoles Françaises de voile, et enfin positionner les 70 salariés de la FFVoile (qui comprennent les cadres techniques) comme des ressources. Je veux positionner la fédé comme service. On sort du régalien et du jacobin, selon la vision moderne de l’entreprise.»

Nicolas HénardLe nouveau président de la FFVoile n'a jamais eu froid aux yeux lorsqu'il était régatier.Photo @ J.P Salou

Licences. «En terme de bilans et d’actifs, la FF Voile est très solide. Elle est propriétaire de ses locaux. C’est plus l’exploitation qui reste fragile et est liée aux licences qui s’effritent. Quand on perd des licences ou des passeports voile, on perd de l’argent tout simplement ! Il nous faut relancer le nombre de licenciés et de pratiquants qui sont des clients potentiels, et qu’il faut satisfaire comme dans une entreprise… sans les prendre pour des «cochons payeurs» Le levier il est là. C’est à nous de donner envie et de mieux accueillir les gens qui ont envie de faire du bateau… et ça les clubs savent très bien le faire.»

Le Kitesurf. «Potentiellement, c’est 10 000 licences et donc un bon indicateur. Moi, je ne vois pas l’arrivée du kite comme un compensateur des licences perdues ces dernières années. Je vois l’arrivée du kite comme un laboratoire, comme une adonnante de vent frais, mais je n’ai pas envie de me précipiter. Eux peuvent nous inspirer et nous apporter beaucoup sur les nouvelles pratiques, sur les bateaux qui volent… car le kite a déjà répondu sur des tas de sujets, que ce soit pour la compétition, la sécurisation du plan d’eau et des personnes. Ils sont en avance sur plein de choses comme sur la formation. On doit s’appuyer sur eux et ne pas les aspirer et leur dire de la fermer !»

L’équipe de France de voile. «Il y a un travail remarquable qui a été fait. Je pense qu’on a quelques petites bulles dans la pyramide qui part de 10 000 pour faire 1 000, 100, 10 et 1. Il faut qu’on change un peu d’approche. On a un peu moins de jeunes qui poussent pour monter d’un niveau. J’ai envie de verticaliser un peu le sujet comme l’ont fait les Anglais en accompagnant des générations, à l’image du Finn qui est juste incroyable (Ben Ainslie quatre médailles d’or olympiques consécutives puis Giles Scott à Rio, ndlr). Il faut je crois créer des groupes qui grimpent avec quatre ou cinq équipages capables de gagner les JO… ce que j’ai un peu vécu en Tornado à mon époque. Il y a eu un énorme travail fait sur le collectif, notamment par Philippe Gouard (ancien DTN, ndlr) et là je pense qu’il faut que l’on réfléchisse au projet d’accompagnement individuel. Gardons cet esprit d’équipe comme en Nacra 17 sur la dernière PO avec Franck Citeau, mais allons encore un petit cran au-dessus en accompagnant les athlètes un peu plus loin.»

Les JO de 2024. «Ma décision de lancer ma candidature même si c’est vaniteux ou orgueilleux a été de me dire que c’était à moi de le faire ! Si il y a une chance d’avoir les JO à Paris et il y a une chance, je veux être président de la FF Voile. Ce n’est peut-être pas bien mais c’est comme ça. C’est une vocation que je ressens depuis des années… même si ça arrive un peu trop tôt. Je disais à mes copains que quand j’aurais 60 ans, je serai président de la Fédé. Ça sera une vraie belle fin de vie d’engagement, mais bon c’est arrivé plus vite que prévu. Et toute façon, je ne me vois pas faire plus de deux mandats… au mieux.»

DeniauDurant deux ans, Nicolas Hénard a été le «chef de camp» du député Jean-François Deniau à l’Assemblée nationale. Photo @ Coll. Hénard

Les 35 membres du Conseil d’Administration

Nicolas HENARD

Claire FOUNTAINE

Jean-Pierre SALOU

Sylvie HARLÉ

Régis BERENGUIER

Eric LIMOUZIN

Frédérique PFEIFFER

Henri BACCHINI

François PITOR

Philippe MEUNIER

Marie-Pierre CHAURAY

Bernard MALLARET

Caroline LOBERT

Olivier AVRAM

Ode PAPAIS

Hervé ROGUEDAS

Valérie DARROU

Frédéric BERTIN

Géraldine RIGAUD

Stéphane FRETAY

Hélène CARDON

Jean-Pierre LOSTIS

Sabine LAPERCHE

Laurence MEZOU

Claudine TATIBOUËT

Jean-Luc DENÉCHAU

Jean-Claude MERIC

Corinne MIGRAINE

Edward RUSSO

Nathalie PEBEREL

Olivier BOVYN

Christine FOURICHON

Denis HOREAU

Serge PALLARES

Christian SILVESTRE