Actualité à la Hune

Championnats du monde de voile olympique

Péponnet et Mion en or massif !

Auteurs d’une fantastique Medal Race, Kevin Péponnet et Jérémie Mion ont décroché leur premier titre mondial en 470 à Aarhus ce jeudi. Camille Lecointre et Aloïse Retornaz terminent quant à elles au pied du podium pour un petit point après avoir manqué le coche.
  • Publié le : 09/08/2018 - 19:13

Péponnet et Mion  en or massif !Jonathan Lobert, peu de temps avant qu’il ne brise son mât dans l’ultime manche des finales. Cruel !Photo @ Sailing Energy/World Sailing

Bon sang ne saurait mentir. Kevin Péponnet - «Képon» pour les intimes - est le fils de Daniel, vice-champion d’Europe de 470 avec son frère puis vice-champion du monde avec Pascal Champaloux, et le neveu de Thierry, champion du monde un peu plus tard puis champion olympique à Séoul avec Luc Pillot. Alors qu’au mois de juillet ses adversaires poursuivent les entraînements sur le célèbre dériveur olympique dessiné par le Français André Cornu en 1962 ou alors prennent des forces avant Aarhus, Kevin enchaîne deux semaines de folie, et remporte le Tour Voile avec Quentin Delapierre à bord de Lorina Limonade Golfe du Morbihan.

À 27 ans, le jeune ingénieur de l’INSA qui a débuté la voile à 6 ans, été champion d’Europe junior de 470, fait l’unanimité. Il est assurément de la race des grands. Il faut dire aussi qu’il est bien accompagné. Jérémie Mion, double champion d’Europe avec Sofian Bouvet, 3e aux championnats du monde et 7e des derniers JO à Rio, est l’équipier dont tout le monde rêve. Ces deux-là se sont associés il n’y a même pas deux ans… pour voir si «ça pouvait le faire».

On a compris que ça «le faisait» clairement. Seconds avant la Medal Race derrière les Suédois en tête depuis le premier jour, ils ont été époustouflants dans une petite douzaine de nœuds de vent et du clapot. Ce matin, Kevin nous disait avant de mettre son bateau à l’eau : «cette fois-ci, nous sommes vraiment dans le coup puisque nous sommes 2e ex aequo avant la finale. Nous sommes donc à portée de tir du titre mondial, surtout quand on sait que les points vont compter double. En fait, nous n’avons jamais été aussi proches du premier, ce Suédois qui est toujours bon. Très régulier, avec toutes les météos ou presque. Il est une pointure au-dessus de nous mais ça ne durera peut être pas éternellement. On se rapproche de lui».

Bien vu ! À voir la mine dépitée de Dahlberg et Bergström «seulement» quatrièmes, on a compris que c’était plus que du rapprochement. Et histoire d’enfoncer un peu plus le clou, Péponnet et Mion succèdent à la légende du 470, l’Australien Belcher sept fois champion du monde… mais «que» cinquième à Aarhus !

Lecointre et Retornaz au pied du podium

Troisième avant la Medal Race, la championne du monde 2016 et médaillée de bronze, qui depuis janvier seulement fait équipe avec Aloïse Retornaz, double championne du monde junior, a tout pour remporter un second titre mondial, ce qui serait un véritable exploit. Jeune maman, compagne du coach de l’équipe suédoise, Camille Lecointre excelle dans ce type de temps, et adore se surpasser dans cette course à haute pression où les points comptent double.

Dans cette série ultra technique où pour accélérer au près l’équipage se «tortille» au rappel et au trapèze en «babouinant», et au portant roule d’un bord sur l’autre à la limite du départ à l’abattée, le niveau est incroyablement homogène. Mais hélas, les choses ne se passent pas comme prévu, et les Françaises sont rapidement distancées par les jeunes Italiennes et Espagnoles. Les Anglaises, rivales de toujours et championnes olympiques en titre ne laissent aucune ouverture et leur volent la médaille de bronze pour un petit point.

Péponnet et Mion  en or massif !Dans le grain, sous l’orage, pour les Finn. Chaud !Photo @ Sailing Energy/World Sailing

La surprise en 470 vient du Japon, hôte des prochains JO. Chez les filles, Yoshida et Yoshioka gagnent aisément et impressionnent par leur technique et sens tactique. Les garçons Isozaki et Takayanagi ne sont pas en reste, et terminent vice-champions du monde. Difficile de ne pas se rappeler cette histoire cocasse.

Nous sommes en 1979 à Medemblik aux Pays-Bas. Deux inconnus du pays du soleil levant débarquent au championnat du monde. Ils ont pour nom Kay et Komiya. Personne ne se soucie de ces deux-là qui naviguent sur une autre planète. Ils remportent le titre mondial devant les Français Laurent Delage-Hervé Wattine et Stéphane Richer-Philippe Claude, puis disparaissent comme ils sont venus. Clairement, l’équipe japonaise 2018 ne semble pas de ce bois-là, et a de fortes ambitions pour ses Jeux dans deux ans.

Lobert privé de Medal Race !

Si ça rigole pour les garçons en 470, en revanche pour le Finn, c’est une terrible douche froide qu’a connu Jonathan Lobert, vice-champion du monde, champion d’Europe et médaillé de bronze à Londres. Alors 3e de l’ultime manche, et donc virtuellement quatrième à un point du troisième au général, un violent orage s’abat sur l’avant de la flotte… Le vent souffle à plus de 30 nœuds sous les rafales, et son mât carbone se brise une trentaine de centimètres au-dessus du vit-de-mulet. Ceux qui étaient à «la ramasse» reviennent on ne sait d’où, les leaders sont en survie. «Jon» ne peut donc finir la manche, marque le maximum de points (41) et recule à la 14e place au classement général.

D’autant plus cruel que la manche aurait dû être logiquement arrêtée. Ce n’est pas une régate du dimanche mais le championnat du monde qualificatif pour les JO de Tokyo, et le comité de course jusque-là plutôt irréprochable a été bien mal inspiré ! Celui sur le rond des 49er a été plus prévenant et intelligent, annulant la manche voyant que le vent tournait dans tous les sens et que le grain menaçait ! Privé de Medal Race réservée aux dix premiers, Lobert ne valide du coup pas la série pour Tokyo, et devra «performer» lors du championnat du monde en décembre 2019 (la Finn Gold Cup) à Melbourne en Australie. Il n’y a guère de doute que ce sera le cas.

Péponnet et Mion  en or massif !Kevin Péponnet et Jérémie Mion après leur victoire : «la petite étoile, trop bien, trop heureux. Un truc de fou !» Photo @ Sailing Energy/World Sailing

Edward Wright, champion d’Europe en titre, est lui autrement plus chanceux ! Il qualifie le Finn pour l’Angleterre «à l’arrache» - alors que les cinq derniers titres olympiques ont été gagnés par Ben Ainslie (4) et Giles Scott (1) - grâce au fait que deux Suédois et deux Néo-Zélandais soient dans le top 9. On rappelle que seules les huit premières nations qualifient la série pour Tokyo. Dixième, le Britannique gagne donc au loto ! Lobert n’est pas le seul à n’avoir que ses yeux pour pleurer, car le Brésilien, le Croate, le Norvégien, l’Américain l’Allemand, et l’Espagnol restent aussi à la porte… pour l’instant ! Mais tous savaient qu’il n’y avait que 8 places sur 90 concurrents !

C’est pas gagné !

Dans les autres séries et avant même la Medal race, Jean-Baptiste Bernaz a une nouvelle fois qualifié le Laser pour les Jeux. Respect. C’est sa 4e préparation olympique de suite ! La bonne surprise du jour est venue de Mathilde de Kerangat, sélectionnée aux Jo de Rio, et qui grâce à sa victoire dans l’ultime manche, obtient aussi un ticket français pour le Laser radial. En 49er FX, grosse désillusion pour Lili Sebesi et Albane Dubois aux avant-postes toute la semaine, et qui ont totalement craqué ce dernier jour. Pas de Medal Race ni de sésame pour Tokyo… à ce jour.

En 49er, Lucas Rual et Émile Amoros, en tête depuis le premier jour à la surprise générale, ont perdu pied après une journée à oublier où ils sont passés de la première à la neuvième place. Mathieu Frei et Noé Delpech, eux, vainqueurs de la 10e course, se hissent à la huitième place provisoire.

Péponnet et Mion  en or massif !Les Anglaises et les Françaises à la lutte à la bouée sous le vent lors de la Medal Race.Photo @ Sailing Energy/World Sailing

En planche à voile RS:X à trois manches de la fin, Louis Giard est 7e, ses copains Le Coq et Goyard très loin de leurs places habituelles, 16e et 18e. Charline Picon, cinquième, est en embuscade à un point du podium. Enfin Moana Vaireaux et Amélie Riou, 21es n’ont plus aucune chance de qualifier le Nacra 17 ce coup-là. Bref, au mieux, les bleus pourraient obtenir sept tickets pour Rio ! Réponse à la fin du week-end.

Résultats complets sur www.aarhus2018.sailing.org/results