Actualité à la Hune

TOUR VOILE 2018

Qui c’est les plus forts ? Lorina-Beijaflore !

Le 41e Tour de France à la Voile - pardon le Tour Voile ! - s’est donc achevé à Nice dimanche 22 juillet. Lors de la «super finale», la victoire ne pouvait échapper à l’un des deux équipages, Lorina Limonade Golfe du Morbihan ou Beijaflore, qui auront survolé l’ensemble de l’épreuve. Et à la fin, ce sont les Morbihannais qui ont gagné.
  • Publié le : 23/07/2018 - 18:52

Qui c’est les plus forts ? Lorina-Beijaflore !Le traditionnel plongeon des vainqueurs, Kevin Péponnet, Bruno et Tim Mourniac ! Photo @ Jean-Marie Liot / ASO

Dimanche, la baie des Anges : le vent de Nord-Ouest et ses rafales soutenues est comme souvent bloqué à l’Ouest du cap Dramont. Il devrait toucher Nice… quand la fête sera terminée. La température de la Grande Bleue affiche 25 degrés et le léger thermique de Sud n’a guère envie de s’exciter lui aussi. Ça fleure bon les vacances sur la promenade des Anglais.

Pour la première fois de sa longue histoire, le Tour a été «bâché» en dix-sept jours sur un rythme effréné, sans même un prologue. Les équipages et les préparateurs avouent être totalement «cramés». Bernard Decré, son créateur il y a plus de 40 ans, est évidemment présent ; impeccable dans son pantalon beige et sa cravate club.

Comme à son habitude, le comité de course, sous la direction de Christophe Gaumont, a enchaîné avec vista les manches de qualification entre groupes jaune et bleu. Redoutable métier… même si l’attente a par moments «plombé» les équipages. Quant aux compteurs, ils ont également chauffé : sur les 700 points maximum que pouvait emporter un concurrent autour de la France, à Dunkerque, Dieppe, Barneville-Carteret, Baden, Gruissan ou Hyères, Lorina Limonade Golfe du Morbihan en avait récolté 664 et Beijaflore 660 ! 

Cela donne une petite idée de la domination de ces deux-là. Seulement quatre points d’écart les séparent avant l’ultime manche en baie des Anges : une broutille après cinq raids et neufs finales en parcours «construits» (une bonne quarantaine, en fait, si l’on ajoute les manches de qualification).

Dans la droite ligne de leur début de saison tonitruant, Beijaflore et son skipper, Valentin Bellet, ont dominé la première partie du Tour, tandis que Lorina Limonade Golfe du Morbihan et son patron, Quentin Delapierre, ont plutôt brillé sur la seconde. À eux deux, les bateaux blancs et bleus ont gagné neuf courses sur quatorze, même si ce sont les «limonadiers» qui sont en position de force avant la «Super finale», avec ces fameux quatre petits points d’avance. Le jeu de Beijaflore consistera donc à devancer les Morbihannais et, surtout, à intercaler au moins un bateau entre eux. Pas facile mais jouable ! Sachant que cette finale, réservée aux dix meilleurs, compte double. Avec 100 points de mieux pour le vainqueur du jour.

Un «Képon» peut en cacher un autre !

Kevin Péponnet barre Lorina. Le fils de Daniel, l’ancien champion d’Europe de 470 avec son frère Thierry - ce dernier ayant été médaillé d’or aux J.O. de Séoul avec Luc Pillot - est remarquablement accompagné avec les cousins Mourniac : Bruno et Tim. Kévin, jeune ingénieur en temps normaux, prépare aussi les J.O. de Tokyo en 470 avec Jérémie Mion mais avoue «avoir la boule au ventre avant le départ». Quentin Delapierre, l’emblématique skipper, et Corentin Horeau, le brillant navigateur, ont laissé leur place. Tout près de là, le coach des Lorina, Sofian Bouvet, sélectionné olympique en 470 à Rio et 4e du TFV l’an dernier sur SFS, promulgue ses derniers conseils avisés. Il est du coin !

Le vent oscille entre 6 et 8 nœuds au 175. C’est mou ! Entre les deux leaders, avant même que la finale ne soit lancée, ça sent le match-race à plein nez ! D’ailleurs, les deux meilleurs équipages du Tour se marquent et régatent, une fois n’est pas coutume, derrière la meute. Guillaume Pirouelle, double champion du monde junior de 470 (avec Valentin Sipan qui tactique à bord) et qui à la barre de Beijaflore a été phénoménal sur les départs durant deux semaines, n’a guère d’opportunité pour passer. L’affaire est assez rapidement bouclée : c’est Lorina, 7e de cette manche magistralement gagnée par Victor Casas et le Diam Genève, qui remporte son second Tour Voile en trois ans !

Corentin Horeau, comme à son habitude, ne flambe pas : «Le niveau est réellement monté cette année. Les équipages sont plus aguerris et utilisent mieux le bateau. Tu ne peux plus te permettre de partir dernier et espérer gagner. Et j’avoue que Képon (surnom de Kevin Péponnet) a été juste impressionnant !»

Qui c’est les plus forts ? Lorina-Beijaflore !L"impressionnant Beijaflore a remporté cinq des quatorze manches tout en se qualifiant pour toutes les finales !Photo @ Jean-Marie Liot / ASO

Chez Beijaflore, qui l'an dernier avait arraché dans l’euphorie la 3e place, la déception est terrible. Valentin Bellet, Julien Villon, Guillaume Pirouelle et Valentin Sipan «tirent la gueule» à juste titre. Leur boss, Pierre Mas, qui il y a trente ans exactement remportait très largement un second TFV consécutif en Sélection avec son complice Bertrand Pacé, relativise : «Je comprends leur déception mais ils s’en remettront. Il y a 25 équipages qui aimeraient bien être à notre place ! Il y avait des opportunités pour repasser devant aujourd’hui, mais Lorina n’a pas failli, ajoute le boss. Vu le rythme de l’épreuve cette année, je pense qu’il nous a manqué un équipier [le Néo-Zélandais Jason Sanders était absent car il prépare les J.O. en Nacra 17, ndlr]. Nous nous étions donné trois ans pour gagner le Tour, on reviendra donc l’an prochain !»

Team Réseau Ixio sur le podium

Venus «en voisins» (ils sont originaires de Marseille, Sainte-Maxime et Hyères), Sandro Lacan, Robin Follin, Jules Bidegaray et Pierre Quiroga, du team Réseau Ixio, n’ont pas eu la délicatesse, eux, d’attendre dimanche pour s’assurer une troisième place. Avec des vents aussi aléatoires, on ne va pas leur donner tort !

Dès samedi, dans un thermique de secteur Est mollissant assez classique du coin, l’équipage Ixio a en effet pris un superbe départ, a régaté intelligemment ensuite avant de s’imposer dans la finale du jour quand les deux leaders terminaient loin, sixième et septième. Du coup, Ixio a fait coup double : une 3e place sur le podium mais également le classement jeune devant Lorima Mojito Golfe du Morbihan, leur plus coriace adversaire depuis Dunkerque.

Tenants du titre, les «Mojito» de Solune Robert, Riwan Perron, Louis Flament et Charles Dorange (dont la petite sœur Violette a remporté vendredi aux États-Unis une 3e médaille de bronze lors des championnats du monde de 420) n’ont rien pu faire pour enrayer le superbe parcours des Méditerranéens. Ils terminent néanmoins cinquièmes.

Lacan et Follin, désormais sur Ixio, ont déjà remporté le Tour dans cette catégorie il y a deux ans avec le team France Jeunes avant d’aller disputer la Youth America’s Cup aux Bermudes en mai 2017. Agés de 23 ans et déjà pourvus de beaucoup de talent, ils illustrent parfaitement cette génération de jeunes régatiers issus de la voile légère, repérés par la Fédé, à l’aise que ce soit en Diam 24, SB20, J/80 ou AC45.

Qui c’est les plus forts ? Lorina-Beijaflore !Le Tour Voile, c’est aussi de longues heures de mise à l’eau, de montage et de démontage !Photo @ Jean-Marie Liot / ASO

Pressé lui aussi, un autre équipage n’a pas voulu attendre dimanche. Grâce à sa troisième place lors de la finale des stades nautiques samedi, Dukerque Voile, mené par Clément Meister avec Arthur Meurisse et Pierre Soret, a réussi un joli coup en remportant le classement amateurs tout en se hissant à la 10e place au classement général.

Le Tour Voile à la croisée des chemins

N’empêche ! Après avoir réussi sa révolution depuis quatre ans sous l’impulsion d’ASO et de Jean-Baptiste Duriez à la direction de l’épreuve, le Tour Voile va devoir négocier un nouveau virage s'il veut poursuivre son expansion et également devenir rentable.

Le Diam 24 a largement fait ses preuves, mais a-t-il déjà atteint ses limites en étant dépourvu de ces fameux foils tant à la mode ? S’il est un excellent tremplin pour les jeunes régatiers, le Tour Voile n’attire pas les «stars» de la voile océanique et se cherche toujours un partenaire-titre - le naming dans le jargon du marketing. Sans oublier le manque cruel d’équipages étrangers de haut niveau.

Cette alternance de raids et stades nautiques est certes spectaculaire et compréhensible pour le public mais l’on regrette de ne pas voir de départs au près avec toute la flotte et les fameuses «bananes» (des allers-retours dans l’axe du vent) qui sont l’essence même de la régate ! «Je pense qu’il serait bon de revoir un peu le format», fait remarquer Pierre Mas avec justesse.

ll faut bien avouer enfin que cette année, coincé entre le triomphe des Bleus dans la Coupe du monde de foot, le Tour de France cycliste (organisé également par ASO), et l’affaire Benalla ce week-end, il n’était pas facile d’exister. Pourtant, tous les ingrédients sont là ; les coureurs se régalent et le public aussi, toujours plus nombreux.

Classement complets : www.tourvoile.fr/fr/classements

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