Actualité à la Hune

Rassemblement des Zef

Tous mordus de Zef

Les 14 et 15 juin, les amateurs de Zef étaient rassemblés à Sucé-sur-Erdre en Loire-Atlantique. L'occasion pour ces passionnés de régater en famille ou entre copains mais surtout de raconter leur histoire d'amour avec le petit dériveur des sixties.
  • Publié le : 15/06/2015 - 16:31

Rassemblement ZEFUn Z en signe de ralliement pour les passionnés du petit dériveur.Photo @ Marie Carof-Gadel

À peine une risée à la surface de l’Erdre. Une atmosphère lourde de l’orage qui s’annonce. Drôle de temps pour une régate de Zef ! Les passionnés du petit dériveur, dessiné par Michel Nivelt en 1962, ne sont heureusement pas venus samedi pour faire tomber les records. Sur la base nautique de l’ASPTT de Sucé-sur-Erdre, c’est plutôt ambiance pique-nique et camping. Ça discute réparations, souvenirs héroïques, et ça compare. C’est à celui qui aura le plus vieux Zef du rassemblement. À ce jeu-là, c’est un Alsacien qui emporte le morceau. Thierry a en effet retapé lui-même un modèle de 1964, une perle délicatement vernie au doux nom de Méline.

Nostalgie d'une époque bénie

Il y a de l’amour dans les yeux, une tendresse émue pour les petits bateaux sans prétention qui s’alignent sur les rives. C’est un morceau d’enfance, la nostalgie d’une époque bénie, les bords de mers et de rivières entre copains, les vacances en famille. Ex-fan des sixties où sont tes années folles ? Là, intactes, sauvées de l’oubli et du fond des garages pour une deuxième jeunesse sur l’eau. Pas besoin d’avoir une âme de coureur au large. Des générations entières ont navigué sur ce dériveur ventru, ultra stable, idéal pour apprendre à naviguer.

Rassemblement ZEFLa carte d'identité d'un bateau qui a fait les beaux jours du chantier La Prairie.Photo @ Marie Carof-Gadel

Une coque, un foc, une grand-voile, le goût de l’aventure réduit à sa plus simple et pure expression. C’était l’âge d’or du dériveur et l’architecte Nivelt avait flairé ce vent de légèreté, une brise fraîche pour porter son Zef. En 1962, le premier modèle sort des ateliers La Prairie à l’Isle-d’Espagnac en Charente, entre 15 000 et 17 000 exemplaires suivront. Un petit roman français populaire au sens noble. Alors oui samedi, à Sucé-sur-Erdre, ils étaient là, de 5 à 77 ans, venus avec leur remorque et leur bateau au cul de la voiture comme on part en vacances.

L'heure de la régate

C’est l’heure de se mettre à l’eau, les petits bateaux qui lézardaient sur l’herbe vont enfin en découdre. On enfile les gilets de sauvetage (d’époque pour certains avec une belle couleur orange vieillie par les ans, on dirait plus des vareuses), et tout le monde à la flotte… Ah la joyeuse pagaille, ça piaille, ça s’embarque en tout sens, c’est pas très discipliné tout ça. Au fait, la bouée de départ, c’est dans l’autre sens… À bord de son Zodiac, Samuel le président de la base est même obligé de ramener quelques brebis égarées dans le droit chemin.

Rassemblement ZEFUne coque ventrue et stable, un foc, une grand-voile, le Zef est la simplicité même. Photo @ Marie Carof-Gadel

Tant bien que mal on y arrive à cette bouée pour le départ le moins musclé de l'histoire! Question stress, la Route du p'tit Zef, c'est pas la Route du Rhum. Deux bonnes minutes pour franchir la ligne, dans la pétole. La mini-régate s'élance à l'arrêt, mais dans les fous rires. On en voit même qui pagaie, pas très réglementaire tout ça. On verra ça plus tard en cas de réclamation.

Les tacticiens passent la bouée sans forcer, les autres en paquet bien compact. Plus on est de fous… À l’arrivée, c’est Alexandre et son fils Timothée qui l’emportent alors que quelques gouttes commencent à piquer le plan d’eau. Pas de quoi troubler les régatiers qui ajoutent encore de beaux moments à l’album souvenirs du Zef.

Rassemblement ZEFCe Zef junior à l"avant non ponté s"est offert une belle régate avec ses grands-frères. Photo @ Marie Carof-Gadel

http://deriveurzef.jimdo.com/

Zef, petites histoires de coups de foudre

Le Zef, c’est souvent une histoire de famille qui s’écrit au passé et au présent. Trois « zeffistes » nous racontent leur romance avec le petit dériveur.

Vincent Perrée, président de l’association des Zef, propriétaire du L’Gabiou, Zef de 1965

Rassemblement ZEFVincent Perrée et son Zef de 1965 L'Gabiou.Photo @ Marie Carof-Gadel

Première rencontre ?

« Le premier souvenir, c’est à 3 ans, sur le bateau de mon papa. C’était pas un voileux, le Zef c’était surtout pour les parties de pêche ! C’est après que j’ai fait des stages de voile et que je suis tombé dedans. »

La vie à deux ?

« Je suis passé par le Corsaire mais les Zef c’est dans la famille. J’en ai aussi retrouvé chez mon beau-frère ! Et puis j’ai récupéré le Zef familial de 1967. Le plat-bord est d’origine, on a refait le contreplaqué. Si je suis courageux, je m’attaque à l’intérieur cet hiver. C’est un bateau facile, pas lourd, rassurant. Le Zef pardonne beaucoup de choses… »

Un souvenir à deux ?

« Une promenade avec mes frères, on était gamins. On s’est retrouvés en route pour Jersey à 7 km du bord. Même pas peur ! C’est quand on est rentrés qu’on s’est fait rappelés à l’ordre genre musclé ! »

Thierry Braun, propriétaire de Méline, Zef de 1964

Rassemblement ZEFThierry Braun a restauré son Zef de 1964, Méline.Photo @ Marie Carof-Gadel

Première rencontre ?

« Il y a dix ans, je cherchais un bateau à retaper, qui avait vécu. Un bateau avec une âme. Mon truc c’était la planche à voile avant mais on rajeunit pas alors j’ai cherché un truc plus peinard avec un bon compromis entre bois et polyester. Je suis tombé sur un Zef sur Internet. Je viens d’Alsace, j’ai fait la route jusqu’à Montpellier pour le voir. Un coup de foudre, je l’ai pris tout de suite. »

La vie à deux ?

« Il a d’abord fallu le désosser. J’ai tout refait et il porte aujourd’hui le nom de ma fille, Méline. J’ai fait ma propre initiation d’abord sur les lacs des Landes puis à Perros-Guirrec. On se promène en famille et même avec le chien. Par chez moi, je navigue pas mal sur le lac de Gérardmer. »

Un souvenir à deux ?

« Je n’ai pas fait de Zef étant enfant mais il est associé à cette période. Les nav’ avec lui rime toujours avec une certaine nostalgie. Et puis son petit côté vintage me plaît bien. On s’est bien trouvé tous les deux. »

Alexandre Girard-Peccarere et ses jumeaux Clément et Timothée, 5 ans, propriétaire et équipiers sur Mouquette, Zef des années 70

Rassemblement ZEFAlexandre a acheté un Zef pour apprendre la voile à ses jumeaux Clément et Timothée. Photo @ Marie Carof-Gadel

Première rencontre ?

« Mon père avait un Piaf, cousin du Zef. Moi j’ai navigué sur un Surprise. Mais quand les jumeaux se sont annoncés, j’ai voulu un bateau pour eux, pour qu’ils fassent leurs premiers pas sur l’eau. Sur Internet, je suis tombé sur Mouquette, en parfait état, on a rien changé. »

La vie de famille ?

« On habite Nantes et Mouquette est chez lui sur l’Erdre. On le laisse ici à la base nautique toute l’année, et on le rejoint le week-end. Mes fils adorent, ils ont une vraie complicité sur ce bateau. »

Un souvenir ensemble ?

« Il y a deux ans, on a fait le rassemblement des Zef et c’était la première régate des garçons. Ils vivaient le défi à fond, on entendait qu’eux ! »

Les tags de cet article