Actualité à la Hune

JEUX OLYMPIQUES RIO 2016

Journée difficile pour les Français

Ces Jeux olympiques de Rio ne cessent de nous raconter des histoires extraordinaires et de produire des images inoubliables, la journée d’hier ayant été particulièrement dense.
  • Publié le : 17/08/2016 - 09:12

Les plus émouvantes et les plus poignantes sont certainement celles qui ont suivi la victoire en Nacra 17 du champion argentin Santi Lange équipier, de la jeune Cecilia Carranza Saroli. Avec déjà cinq campagnes olympiques dans les pattes, deux médailles de bronze à Athènes et Pékin en Tornado au compteur, plus quelques piges du genre Artemis dans l’America’s Cup, il a surmonté il y a un an à peine un cancer qui lui a valu l’ablation d’un poumon, ce qui ne l’a pas empêché de se remettre très vite à la tâche. Il n’y a pas plus gentil et disponible que ce grand gabarit longiligne qui affiche 54 ans, ce qui fait de lui le vétéran de cette olympiade. Accessoirement, ses deux fils Yago et Klaus représentent également l’Argentine en 49er dont ils vont disputer la medal race. Pas très étonnant, donc de retrouver ce vieux renard en tête de la flotte avant le début de la medal race, car il fallait de la bouteille pour éviter tous les pièges de la baie de Rio.  Mais ce n’est pas tout : alors que la flotte des Nacra s’élance dans la dernière épreuve de la journée dans un vent irrégulier d’une dizaine de nœuds, il écope non pas d’une, mais deux pénalités pendant la course, termine 6ème juste devant les Italiens Bissaro/Sicouri, soit suffisamment pour attraper cette médaille d’or qui constitue le couronnement de sa carrière. Autant dire que les supporters argentins venus en nombre ont fait le spectacle à la fois sur la plage où étaient massés les spectateurs alléchés par la tenue de quatre medal races, puis lors de la remise des médailles durant laquelle ce bon vieux Santi a bien eu du mal à contenir son émotion.

Journée difficile pour les FrançaisPhoto @ Gilles Martin-Raget

L’histoire de Billy Besson et Marie Riou est tout aussi exemplaire dans le registre de la hargne face à l’adversité, en l’occurrence la hernie discale de Billy déclenchée par un enfournement malheureux lors d’un entrainement en baie de Quiberon juste avant les Jeux. Un accident qui a d’abord fait douter de sa participation, l’a parfois contraint à rester allongé, ou de se déplacer en chaise roulante, ou de marcher tout tordu quand il le pouvait. L’histoire aurait été encore plus belle si elle avait été couronnée d’une médaille, mais à ce niveau olympique là, il ne faut pas rêver. Les deux champions du monde en titre ont joué leur medal race dans le registre de la prise de risque tactique maximale qui n’a pas amené le miracle escompté. Parti tribord quand la majorité des adversaires préféraient couper la ligne directement bâbord, essayant d’aller là où les autres n’allaient pas, ils ont  néanmoins fini cinq, et restent six au général. A peine la ligne franchie, le bateau français est rentré le premier à terre et Billy a été rapatrié d’urgence en France pour être soigné comme il se doit, sans avoir à régater sur un engin instable et parfois brutal dans la journée, ce qu’il a fait en serrant les dents avec un courage extraordinaire. Il est probable qu’il faudra aussi un peu soigner le moral car les espoirs des deux Français, de leur entourage fédéral et de la voile française en général étaient au plus haut avant le début de ces JO. Comme quoi, rien n‘est jamais gagné d’avance, surtout en matière de Jeux Olympiques. Enfin, sauf pour Peter Burling et Blair Turke qui se sont assurés hier de la médaille d’or en 49er au terme des phases de qualification, la medal race de la série étant programmée pour jeudi.

Journée difficile pour les FrançaisPhoto @ Gilles Martin-Raget

Jean-Baptiste Bernaz nous a lui aussi raconté une belle histoire en forme de régate exceptionnelle, sans doute sa dernière en Laser. On ne défie pas impunément un Robert Scheidt qui vous talonne au classement, chez lui, sur son plan d’eau, devant son public, dans une medal race de Jeux Olympiques organisés par son pays dont il peut encore obtenir le bronze. JB n’a pas molli. Il y est allé le couteau entre les dents, virant dès le départ pour rejoindre la droite, mais avec un petit cran de retard qui a permis à l’ogre Scheidt de croiser devant. Pas de problème, on va l’attaquer ! Un coup à droite, un coup à gauche, il se barre, je reviens, on passe au portant ensemble, il allonge au second près, j’attaque encore, et ainsi de suite jusqu’à la ligne d’arrivée. Le Brésilien gagne, Jean-Baptiste finit second. Superbe ! Sauf que dans ce tableau, il fallait que le Kiwi Sam Meech s’emmêle un peu les pinceaux dans le gros de la flotte, ce qu’il n’a pas fait, conservant ainsi la 3ème place qu’il avait engrangé dans les phases de qualification, s’attribuant la médaille de bronze au passage. Espérons que Jean-Baptiste ne ruminera pas trop longtemps cette pénalité au près difficile à avaler écopée lors de la régate n°4, et surtout cette ligne de départ déclarée coupée trop tôt d’une régate qui lui coûte très cher. « Le job a été fait » analysait Jean-Baptiste à son retour à terre «  mais aujourd’hui cela ne dépendait pas que de moi, donc à partir de là, j’étais obligé de faire le mieux possible et espérer que le Néozélandais se plante un peu, mais il a été bon aujourd’hui. C’est une grosse déception c’est sûr, c’était certainement mes derniers bords en Laser. C’était un bel endroit, on l’avait bien préparé, j’ai accumulé des heures, autant ici qu’à la maison, j’avais beaucoup d’espérance, j’arrivais avec un titre de vice-champion du monde, mais c’est le Laser, on était tous très proches et on savait bien qu’il allait y avoir huit personnes qui espéraient la même chose. Je suis quand même content de ma semaine, c’était une belle semaine, je regrette juste mon départ prématuré, car pour quelques mètres à vouloir agresser un peu la ligne, je l’ai payé cher dans des conditions que j’affectionnais et j’aurai pu faire une très belle manche. »

Journée difficile pour les FrançaisPhoto @ Gilles Martin-Raget

Cette avant dernière journée a du reste été un peu difficile dans le camp français, voire même journée de m…  !   Garçons et filles ont perdu toute chance de médaille en 49er mais disputeront la medal race pour tenter de finir aux pieds du podium. La finale en 49er FX va être une véritable tuerie, les 4 premières (ESP, NZL, BRA, DEN) se tenant en 1 seul petit point. Si jamais les brésiliennes gagnent,  il va y avoir de la samba à Rio !

Scénario identique pour Sofian Bouvet et Jérémie Mion en 470 qui ont fait leur plus mauvaise journée avec deux places de 20 et 22 et attaqueront leur medal race en 8ème position. Tout reste jouable en revanche pour Camille Lecointre et Hélène de France, 4ème au général, qui tenteront de prendre une médaille dans une bagarre à cinq (FRA, NZL, USA, JPN, NED) regroupées en 11 points qui s’annonce homérique, les Anglaises Mills/Clark s’étant d’ores et déjà assurées de la médaille d’or. Allez les filles !